Vous avez cliqué sur le drapeau du Québec
Vous pouvez lire çi-bas l'histoire de ce drapeau.
Le drapeau du Québec est
fortement politisé et identifié de nos jours aux Indépendantistes,
voilà
pourquoi les Libéraux et les fédéralistes s'en dissocient et craignent
grandement de s'en servir,
trop effrayés de se voir identifiés au séparatisme. Ils sont tellement
obnubilés par leur crainte et surtout par
leur besoin de s'identifier uniquement au Kanada, qu'ils renient parfois
leur propre drapeau.
Pour bon nombre, ce drapeau n'est pas leur drapeau, il est uniquement le drapeau d'une province.
Pour les indépendantistes, il est le drapeau du pays du Québec.
Luc Bouvier écrit clairement
l'histoire du drapeau du Québec.
Il est primordial de lire ses propos
pour comprendre l'importance du drapeau québécois.
Sources: http://pages.infinit.net/cerame/heraldicamerica/etudes/drapeaux.htm
HISTOIRE
DES DRAPEAUX QUÉBÉCOIS: DU TRICOLORE CANADIEN
AU FLEURDELISÉ QUÉBÉCOIS
par Luc Bouvier, professeur au Collège de l'Outaouais
1- Le tricolore canadien fut le drapeau des Patriotes de 1837-38;
2- Le tricolore français, pendant toute la seconde moitié du
XIXe siècle et une partie du XXe, a servi de signe distinctif aux francophones
d'Amérique;
3- Le Carillon-Sacré-Coeur qui apparaît au début du XXe
siècle, devient, le Sacré-Coeur gommé, drapeau officiel
du Québec le 21 janvier 1948.
I LES TRICOLORES
I.1 Introduction
I.2 Le tricolore canadien
I.3 Le drapeau de la bataille de Saint-Eustache
I.4 Le bicolore
I.5 Le tricolore français
I.6 L'opposition au bleu-blanc-rouge
II LE DRAPEAU DE CARILLON
II.1 Introduction
II.2 Sa découverte
II.3 Propriété de Louis de Gonzague Baillargé
II.4 Propriété du Séminaire de Québec et de l'Université Laval
II.5 Description
II.6 Le mythe
III LE CARILLON-SACRé-COEUR
III.1 Introduction
III.2 Projet I: le drapeau de Frédéric-Alexandre Baillargé
III.3 Projet II: le drapeau de Jules-Paul Tardivel
III.4 Projet III: le drapeau de Henri Bernard
III.5 Projet IV: le drapeau d'Elphège Filiatrault: le fleurdelisé
III.6 Projet V: le Carillon-Sacré-Coeur
III.7 Projet VII: le drapeau de Louis Fréchette
III.8 Défense du Carillon-Sacré-Coeur
IV VERS LE FLEURDELISé
IV.1 Introduction
IV.2 Le front promotionnel
IV.3 L'Ordre de Jacques-Cartier
IV.4 Le front législatif
IV.5 Les projets de Burroughs Pelletier
V LE FLEURDELISÉ
V.1 La campagne promotionnelle de janvier 1948
V.2 Les négociations Duplessis-Chaloult
V.3 Le 21 janvier 1948
V.4 La réception
V.5 Le drapeau
V.6 Fleurdelisé et politique
N.B. Si vous possédez des renseignements supplémentaires, des
documents, des illustrations ou même des objets concernant
l'histoire des drapeaux québécois, auriez-vous l'obligeance
de communiquer avec moi (Luc Bouvier 119 Moussette, Hull J8Y 5K6)
téléphone (819) 772-8160 télécopieur (819) 772-8037
HISTOIRE DES DRAPEAUX QUÉBÉCOIS: DU TRICOLORE CANADIEN
AU FLEURDELISÉ QUÉBÉCOIS(1)
Luc Bouvier, professeur au Collège de l'Outaouais
I LES TRICOLORES
I.1 Introduction
Même si, intrinsèquement, un drapeau n'est qu'un simple bout
de tissu aux couleurs diverses, sans grande valeur, il incarne,
dans les faits, l'identité même du peuple qui l'arbore. Les Canadiens,
puis les Canadiens français et finalement les Québécois
ont arboré, depuis 1760, plusieurs drapeaux qui, à leurs yeux,
marquaient et marquent encore leur différence. Trois ressortent :
1- le tricolore canadien qui fut le drapeau des Patriotes de 1837-38; 2-
le tricolore français qui pendant toute la seconde moitié
du XIXe siècle et une partie du XXe a servi de signe distinctif à ce
qu'il était convenu d'appeler la race française en Amérique;
3-
le Carillon-Sacré-Coeur qui apparaît au début du XXe siècle
et qui devient, le Sacré-Coeur gommé, drapeau officiel du Québec
le 21 janvier 1948.
I.2 Le tricolore canadien
Le premier drapeau que se donnent les Québécois est le tricolore
canadien, communément appelé drapeau des Patriotes. Formé
de trois bandes horizontales, le vert-blanc-rouge fait son apparition pour
la première fois en 1832, lors de la libération de Ludger Duvernay,
de la Minerve, et de Daniel Tracey, du Vindicator, tous deux condamnés à être
emprisonnés jusqu'à la fin de la session pour avoir traité le
Conseil législatif respectivement de “nuisance publique” et
d'“incube oppressif”. Lors de leur sortie triomphale de prison,
la foule, nombreuse, arbore le tricolore canadien(2). La popularité du
vert-blanc-rouge grandit au même rythme que la révolte qui gronde
au sein de la population. En 1837, il est, dans les faits, drapeau national.
Les assemblées anti-coercitives en réponse aux Résolutions
Russell de mars 1837 sont l'occasion de l'arborer “ostensiblement” pour
reprendre le terme même de Colborne(3).
Devant la popularité du drapeau des Patriotes et sa symbolique révolutionnaire,
le Montreal Herald du 20 octobre 1837 recommande de le détruire(4).
Le 6 novembre suivant, le Doric Club attaque le siège social des Fils
de la liberté, coin Sanguinet et René-Lévesque, et s'empare
du drapeau de l'association: un tricolore canadien avec, dans sa partie centrale,
l'inscription En avant! Association des Fils de la Liberté(5).
De cette époque troublée, deux étendards nous sont parvenus.
Sur la bande blanche centrale du premier, conservé à la chapelle
funéraire de Montebello, où repose la dépouille mortelle
de Louis-Joseph Papineau, sont inscrites les lettres P L H, fort probablement
pour Patrie Liberté Honneur. Accroché à la gauche de l'autel,
côté jardin donc, l'étendard est dans un état de
délabrement avancé.
I.3 Le drapeau de la bataille de Saint-Eustache
Le second, conservé au Château Ramezay, aurait connu le feu de
Saint-Eustache : “[d]e nombreux trous de balles [19] et un trou de boulet
attestent de l'emploi de ce drapeau au champ de bataille”, selon la description
du musée(6). Restaurées en 1985 par l'institut canadien de la
conservation (ICC), les deux lisières de coton restantes, donc blanches à l'origine,
mesurent 158 cm sur 106 cm et portent dans sa partie centrale un maskinongé avec
les initiales C (en haut) et J=Bte (en bas) [possiblement pour Canada et Jean-Baptiste](7)
entouré d'aiguilles et de pommes de pin et, dans sa partie inférieure,
une branche d'érable; l'ensemble est peint en brun, vert et bleu. Pour
marquer le 250e anniversaire de Montréal, la Montreal Exposition Co.
expose ce drapeau patriote du 15 au 23 septembre 1892. Il est précisé dans
le catalogue d'exposition que le drapeau avait été fabriqué pour
l'Assemblée de Ste-Scholastique où furent entérinées
les 92 résolutions et qu'il fut des batailles de St-Eustache et de Saint-Benoit(8).
Le Patriote Damien Masson, premier propriétaire, le lègue à sa
nièce Mlle Filiatrault qui le lègue, à son tour, à son
gendre Charles Forté de Montréal qui le cède à F.-X.
Craig au début de 1892. Finalement le 1er juillet 1892, Joseph Leroux
en devient propriétaire: au drapeau est alors joint trois certificats
assermentés qui en confirment l'authenticité et la provenance.
Il devient par la suite propriété de l'Ordre indépendant
des forestiers de Toronto par l'entremise, selon J.-Z. Léon Patenaude(9),
du Dr Maillet président de l'Ordre et époux de Eugénie
Boutet, grand-mère de Joseph Leroux. Il revient au Québec en
1908 grâce à Victor Morin, alors un des vice-présidents
de l'Ordre, qui avertit le Conseil de musée du Château de Ramezay
de la possibilité de rapatrier le drapeau. Le 14 janvier 1908, le conseil
demande “que le Président de cette société soit
autorisé à faire auprès de l'Ordre indépendant
des forestiers les démarches nécessaires pour les prier de vouloir
faire don au musée historique du Château de Ramezay du drapeau
des patriotes dans la bataille de St-Eustache”.
Peint à la main par un certain Girouard de Saint-Benoît, il est
l'oeuvre de la mère du Patriote Damien Masson. Mme Reeves-Morache affirme
que “[c]e drapeau fut dessiné et tissé par les dames Masson
et Dumouchel pour les combattants de Saint-Eustache au mois de décembre
1837(10)”. Selon Leroux, le drapeau a été fait au début
de l'automne 1837. Il affirme que
“
[v]ers le commencement du mois d'octobre 1837, Papineau vint en procession
de St-Benoît à Ste-Scholastique, le drapeau en tête de la
procession(11)”. Selon le Journal d'Amédée Papineau, le
fils, du 29 septembre au 9 octobre 1837, Papineau est dans sa seigneurie de
la Petite-Nation et ce n'est que le 23 octobre qu'il participe à une
assemblée d'envergure à Saint-Charles(12). La procession de St-Benoît à Ste-Scholastique
a eu lieu le 1er juin 1837. Le drapeau date donc possiblement du printemps
1837.
I.4 Le bicolore
La défaite des Patriotes porte un coup fatal au tricolore canadien.
L'Union installée, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, à l'instigation
de Napoléon Aubin, est fondée le 19 juin 1842 et prend comme
drapeau, le tricolore canadien: cette année-là, lors du défilé de
la Saint-Jean-Baptiste, “[v]enait ensuite la bannière de la Société Saint-Jean-Baptiste
portant un tableau du saint et les emblèmes du Canada [le castor et
la feuille d'érable], sur un fond tricolore, composé des couleurs
canadiennes, rouge, blanc et vert. // Un peu en arrière s'élevait
une autre bannière fond blanc avec l'inscription : Nos institutions,
notre langue et nos lois! //
Cette dernière était au milieu de quatre drapeaux de la milice
canadienne [...]. // Tous ceux qui composaient la procession portaient à la
boutonnière la feuille d'érable et un castor sur un ruban tricolore(13)”.
La réapparition du tricolore canadien, vert, blanc et rouge, n'est guère
appréciée par l'élément anglais de la ville de
Québec qui y voit un emblème révolutionnaire. Le journaliste
du Canadien espère “que la partie réfléchie de la
population britannique a eu le bon jugement et le bon esprit de ne pas donner
une pareille interprétation au déploiement du tricolore canadien,
et qu'elle ne l'a regardé comme il n'est en réalité, que
comme un emblème national, et nullement comme un emblème de parti
politique, encore moins comme un emblème révolutionnaire(14)”.
L'avertissement suffit. Le 18 août 1842, la Société décide
d'adopter un drapeau bicolore, blanc et vert, à bandes verticales. L'article
XLIX des statuts de la société précise qu'elle “portera
représentés : saint Jean-Baptiste et un castor, entourés
d'une guirlande de feuilles d'érable, avec l'inscription: Société Saint-Jean-Baptiste
de Québec, et la devise: Nos institutions, notre langue et nos lois(15)”.
En ce qui concerne la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal,
sa “principale bannière
[...] est de couleur blanche et verte, ayant sur le côté l'image
de saint Jean-Baptiste, entourée d'une guirlande de feuilles d'érable
avec un castor et la devise tirée de l'écriture: “Rendre
le peuple meilleur”, et sur le revers les armes de l'Association avec
l'inscription: Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal(16)”.
Les armoiries de la société blasonnent: Sur un écu français:
Parti: au premier d'azur à une représentation de saint Jean-Baptiste
au naturel; au second, coupé: au premier d'azur à trois fleurs
de lys d'or qui est
France moderne, au second de gueules de lion d'or. Sous l'écu, deux
branches d'érable au naturel passées en sautoir. Cimier: un
castor au naturel.
Le bicolore blanc et vert remplace donc le tricolore des Patriotes devenu
intolérable
aux anglophones. Son peu de succès explique sa rapide disparition devant
le tricolore français. Le castor et la feuille d'érable restent,
quant à eux, fort populaires. Dans un poème de 1848, La fête
du peuple, Joseph Lenoir-Rolland fait référence à une
bannière sur laquelle se détache sur un fond or un castor noir(17).
En 1905, l'abbé Filiatrault rappelle qu'il y a une cinquantaine d'années,
soit vers 1855, le castor et la feuille d'érable étaient les
emblèmes choisis par les Canadiens(18) et qu'au début, “pour
le [le tricolore français] rendre canadien, on avait soin de l'orner
de nos emblèmes nationaux : le castor et la feuille d'érable(19)”.
I.5 Le tricolore français
Le 27 mars 1854, la France et l'Angleterre s'allient et, le lendemain, déclarent
la guerre à la Russie. Le 20 septembre 1854, les alliés gagnent
la bataille de l'Alma. Montréal et Québec pavoisent aux couleurs
françaises et britanniques. “Vers le 10 octobre, affirme Benjamin
Sulte, nous célébrions en Canada cette glorieuse journée
et je me rappelle de la chose comme si c'était d'hier seulement. Nous étions
tous étonnés de voir les Anglais hisser en profusion les drapeaux
tricolores et nous donner par là même un exemple à suivre.
Jusqu'à la proclamation de la paix, en avril 1856, le tricolore flotta
sur nos villes et nos campagnes(20)”.
Une des conséquences de l'alliance anglo-française est la venue
au Québec, durant l'été de 1855, d'un premier bateau français
depuis la cession du pays en 1760. L'arrivée de la Capricieuse soulève
l'enthousiasme de la population. La légende veut qu'à Québec,
la foule, admise à visiter le vaisseau, ait descendu le tricolore “pour
le baiser et s'en disputer les lambeaux(21)” À Montréal,
le 28 juillet 1855, l'enthousiasme est à l'avenant:
Partout des drapeaux français et anglais entremêlés, des
oriflammes, des banderoles portant les inscriptions: Vive l'Empereur! Vive
l'Impératrice! Vive la reine Victoria!(22)
Chaque victoire alliée dans la guerre de Crimée, Inkerman, Balaklava,
est fêtée au Canada. La prise de Sébastopol, le 8 septembre
1855, atteint des sommets.
Nouvelles fêtes, plus grand nombre de drapeaux français que dans
les cas précédents. Un Anglais n'était pas lui-même
s'il ne mariait pas l'arc-en-ciel de la France à la Croix de Saint-Georges.
Nous en eûmes pour tous les goûts -- en bandoulières,
en rosettes, en pavillons, en garnitures de chapeaux, en cravates, en costumes
de gymnase, que sais-je!(23)
Toujours, selon Sulte, il y eut éclipse jusqu'en 1860 et regain en faveur
du tricolore en 1870 alors même que les journaux anglais injuriaient
la France et qu'il cessèrent d'arborer le tricolore(24).
En 1884, à la convention nationale acadienne de Miscouche (Île-du-Prince-Edouard),
les délégués adoptent à l'unanimité la proposition
suivante: “Que le drapeau tricolore soit le drapeau national des Acadiens
français. Comme marque distinctive de la nationalité acadienne,
on placera une étoile, figure de Marie, dans la partie [supérieure]
bleue, qui est la couleur symbolique des personnes consacrées à la
sainte Vierge. Cette étoile, Stella maris, qui doit guider la petite
colonie acadienne à travers les orages et les écueils, sera aux
couleurs papales [jaune] pour montrer notre inviolable attachement à la
sainte Église, notre mère”. Puis, au milieu d'une foule
enthousiaste, l'abbé Marcel-François Richard déploie le
premier drapeau acadien, confectionné par Marie Babineau (Mme Alphée
Belliveau), une de ses paroissiennes. Le drapeau original est conservé au
Musée acadien de l'Université de Moncton(25). En 1885, les Métis
du Manitoba arborent le tricolore républicain marqué au centre
de la harpe irlandaise(26).
En 1888, c'est la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec
qui délaisse le bicolore vert et blanc au profit du bleu-blanc-rouge.
Le drapeau français ne cesse de gagner en popularité au cours
de la seconde moitié du XIXe siècle. Il est de toutes les manifestations
(processions, défilés, carnavals), très souvent accompagné de
l'Union Jack. La pendaison de Riel, le 16 novembre 1885, déclenche l'essor
du bleu-blanc-rouge et de la Marseillaise(27); ils sont les supports obligés
de toutes les manifestations riellistes. Honoré Mercier et son Parti
national ne cessent de les utiliser avec succès durant la campagne électorale
de 1886. En janvier 1887, il prend le pouvoir. Sous son gouvernement, le
tricolore devient drapeau national.
I.6 L'opposition au bleu-blanc-rouge
L'utilisation du bleu-blanc-rouge suscite deux catégories d'opposition.
D'une part, parce qu'il représente l'idéologie libérale
favorable aux idées de la France républicaine, il sera en butte à l'opposition
des ultramontains qui souhaiteront le remplacer par un étendard fleurdelisé plus
ancienne France. Ainsi, à la Fête nationale de 1884, François-Xavier
Trudel, grand ultramontain, fait flotter un fleurdelysé blanc sur l'édifice
de son journal l'Étendard. À Louis Fréchette qui privilégiait
le tricolore français, il rétorque :
Mtre Cyprien Fréchette de la Patrie ne peut voir sans rager le drapeau
qui a abrité toutes nos gloires nationales les plus pures. Même
pendant la courte période de nos fêtes de Saint-Jean-Baptiste,
il lui a fallu insulter aux fleurs de lys. Et tandis qu'il hurle ainsi contre
les fleurs de lys, il est bien et dûment courbé de coeur et d'échine
sous le drapeau royal anglais.
Fréchette réplique en rappelant la popularité du tricolore.
L'Étendard prétend que notre chronique de samedi insultait NOTRE
DRAPEAU NATIONAL et notre drapeau national, suivant lui, c'est le drapeau blanc
fleurdelisé.
Eh bien non, notre drapeau national c'est celui de la France quel qu'il soit.
Tant que le chiffon blanc ne sera que le drapeau d'une faction de conspirateurs
et d'ambitieux qui veulent plonger leur pays dans la guerre civile [les légitimistes],
et qu'il sera ici l'emblème de la coterie ridicule, hypocrite et méchante
qu'il n'est pas nécessaire d'indiquer [les ultramontains], nous ne pourrons
que le reléguer dans l'ombre, -- et c'est ce que notre population,
avec le gros bon sens qui la distingue, a parfaitement
compris et exécuté(28).
D'autre part, parce qu'il est l'expression de la société distincte
formée par les francophones, les anglophones, arguant la primauté des
drapeaux de l'Empire et du Dominion, souhaiteront sa disparition, passant parfois
de la parole aux actes, comme lors des incidents qui marquèrent la libération
de la garnison de Ladysmith.
La guerre des Boers, qui met aux prises l'Angleterre et les colons Boers,
soulève
les passions au Canada. Les anglophones sont farouchement favorables à la
participation canadienne tandis que les francophones s'y opposent au nom de
l'indépendance du Canada : ces derniers se sentent plus proches des
colons Boers que de l'armée de l'empire À la Chambre des communes,
le débat sur les propositions du ministre des Finances libéral
Fielding sur un crédit de 2 millions $ pour l'envoi du contingent canadien à la
guerre du Transvaal se poursuit au moment où tombe la nouvelle de la
libération de la garnison de Ladysmith assiégée depuis
trois mois par les Boers. Pour fêter l'événement et par
haine de l'élément français, les étudiants de l'Université McGill
accompagnés d'autres citoyens anglophones au nombre de 2 000 improvisent,
le 1er mars 1900, une manifestation qui dégénère.
Successivement, ils envahissent les locaux de la Patrie, du Journal, de la
Presse, l'hôtel de ville, le Palais de Justice puis l'Université Laval à Montréal. À chaque
endroit, le même scénario se répète: on descend
le drapeau tricolore et on hisse les couleurs de l'Empire britannique. L'après-midi,
les étudiants de Laval répliquent: un drapeau anglais arboré par
une compagnie anglaise est descendu. Le soir, les étudiants de McGill
sont repoussés alors qu'ils souhaitent saccager l'Université Laval à Montréal.
Les 2, 3 et 4 mars les incidents entre étudiants de Laval et de McGill
se poursuivent. Finalement Mgr Bruchési, l'archevêque de Montréal,
et le principal Peterson de McGill réussissent à calmer les
esprits(29).
Le tricolore français reste le drapeau national des Canadiens français
pendant une partie du vingtième siècle. À mesure qu'on
se rapproche de la date fatidique du 21 janvier 1948, il sera de plus en plus
battu en brèche par le Carillon-Sacré-Coeur habituellement acompagné du
drapeau papal. Jusque dans les années 1930, ils cohabiteront le premier
en marche vers son déclin, le second vers son apogée.
II LE DRAPEAU DE CARILLON
II.1 Introduction
Pendant que les francophones de l'Amérique du Nord arborent le tricolore
français comme signe de leur spécificité, une bannière,
appelée le drapeau de Carillon, s'exhausse au rang de mythe et, après
modifications, deviendra le Carillon, puis le Carillon-Sacré-Coeur et
finalement le fleurdelisé.
II.2 Sa découverte
En mars 1882, Ernest Gagnon affirme que Louis de Gonzague Baillargé (1808-1896),
avocat, homme d'affaires et philanthrope de Québec, “[a]yant lu
dans une vieille chronique qu'un drapeau apporté de Carillon et suspendu à la
voûte de l'église des Récollets, à Québec,
avait été sauvé de l'incendie de cette église en
1796”, entreprend des recherches afin de le retracer. En
novembre ou décembre 1847, il rencontre le dernier survivant des récollets,
le frère Louis Martinet dit Bonami (1764-1848) dans sa résidence
de la rue Saint-Vallier près de l'Hôpital général.
Relevant à peine d'une attaque de paralysie, --il mourra le 7 avril
suivant--, le frère lui demande de revenir une autre fois. Vers la mi-janvier
1848, Baillargé retourne chez le frère Bonami qui lui raconte
l'histoire du drapeau de Carillon :
Le Père Berey [1720-1800], supérieur des Récollets, était
un des aumôniers des troupes qui combattirent sous le commandement de
Montcalm. Lorsqu'il revint au monastère, après la campagne de
1758, il rapporta avec lui un drapeau troué et déchiré qui,
disait-on au couvent, avait vu le feu de Carillon. Ce drapeau fut suspendu à la
voûte de l'église des Récollets, la partie qui s'attache à la
hampe ou hallebarde étant retenus aux extrémités par des
cordes. Le 6 septembre 1796, un incendie qui avait d'abord consumé une
maison de la rue Saint-Louis, vint réduire en cendres le couvent et
l'église des Récollets. Le feu ayant pris par le clocher de l'église,
le toit brûla avant le reste de l'édifice. Pendant qu'avec l'aide
d'un autre Frère, le frère Louis sauvait un coffre rempli d'objets
qu'il y avait jetés pêle-mêle, et comme ils traversaient
la nef de l'église, le vieux drapeau dont les attaches
avaient manqué sous l'action du feu, vint tomber à leurs pieds.
Le Frère Louis le saisit en passant, et, rendu dehors, il le mit à la
hâte dans le coffre(30).
C'est de ce même coffre relégué au grenier de la résidence
du frère Louis que Baillargé l'exhume en cet mi-janvier de 1848.
Tous les faits reliés à la découverte du drapeau sont
véridiques. Carillon fut une victoire française. Le 8 juillet
1758, Montcalm et ses 3 500 soldats défont le major général
James Abercromby fort pourtant de la plus grosse armée jamais réunie, à l'époque,
en Amérique du Nord: 15 000 hommes. La disproportion entre les deux
armées va renforcer le côté miraculeux de la victoire française.
Selon une légende rapportée par Mgr Baillargeon, “la Vierge était
apparue au-dessus des combattants et [...] toutes les balles tirées
par les Anglais allaient s'anéantir dans les plis de sa robe, sans atteindre
les Français(31). De là à y voir une confirmation de la
présence de la mythique bannière, il n'y a qu'un pas. Mais rien
ne le prouve. Aucun des régiments qui participèrent à cette
bataille (La Sarre, Languedoc, Berry, Royal-Roussillon, Guyenne, Béarn,
La Reine) n'avait un drapeau de régiment qui se rapprochait de la bannière
en question. Il s'agirait donc d'une bannière arborée par la
milice canadienne.
Pourtant, sur le plan de la bataille de Carillon retrouvé dans les manuscrits
du maréchal de Lévis, si les drapeaux des régiments sont
signalés, aucune indication ne vient confirmer que la milice canadienne
en arborait un elle aussi(32). Le père Berey, qui fut le dernier supérieur
des récollets, a bien été aumônier militaire, mais, à la
bataille de Carillon, selon Casgrain, c'était l'abbé Piquet qui
l'était(33). Le frère Bonami a bien été le dernier
récollet. En ce qui a trait à l'incendie de l'église des
récollets, l'événement est bien réel, mais aucun
document n'atteste de la présence du drapeau. Il serait resté suspendu
au plafond de 1758 à 1796, même si l'église a aussi servi
aux protestants et sans que les nouveaux maîtres du pays y trouvent à redire.
Pourtant, Sir Guy Carleton avait reçu instruction de Londres en 1775
de retirer toutes les représentations des armes de France des églises
et
des cours de justice. Un dessin de l'intérieur de l'église des
récollets de Richard Short, daté de 1761, ne laisse voir aucun élément
qui suppose la présence de drapeaux ou bannières dans l'église(34).
II.3 Propriété de Louis de Gonzague Baillargé
Trente-trois ans après son premier article sur le drapeau de Carillon,
Ernest Gagnon, sous le pseudonyme de Pierre Sailly, soutient qu'il a écrit
l'article de la Revue canadienne “sous la dictée de M. L.-G. Baillargé.
La vieille chronique, mentionnée par lui, m'est inconnue. Jamais M.
Baillargé n'a voulu me permettre de dérouler et de voir son drapeau
de Carillon(35)”. C'est en
effet “son drapeau de Carillon”. Il en prend un soin jaloux. Le
drapeau participe, pour cette seule fois déployé, au défilé de
la Saint-Jean-Baptiste à Québec. le 27 juin 1848.
Puis, jusqu'à la mort de son propriétaire, officiellement personne
ne voit le drapeau. Baillargé, excentrique personnage aux dires de ses
contemporains, le garde précieusement chez lui. Cela ne l'empêche
pas, semble-t-il, de se départir de certains morceaux. Ainsi, en mai
1941, la bannière est déployée, en toute intimité,
afin d'authentifier un morceau du drapeau de Carillon propriété de
J.-P. Suzor, petit-fils du lieutenant-colonel Suzor (1834-1866). Camille Roy,
recteur de l'Université Laval, Aimé Labrie, secrétaire
général,
Paul-Émile Gosselin et Honorius Provost, sous-archiviste, confirment
que “le dit fragment correspond en toute évidence avec le drapeau
tant pour la couleur et la nature du tissu, que par les dessins représentés;
le fragment a été détaché à l'endroit du
diadème et de la couronne d'étoiles qui ornent la tête
de la madone peinte sur une face du drapeau”. “La place d'où le
fragment avait été détaché est bien visible et
la partie qui manque est légèrement plus étendue que le
morceau identifié. On a donc pu en faire cadeau à d'autres (36)”.
Le 31 mai 1973, un autre morceau du drapeau est mis à l'enchère à l'Encan
des livres de Montréal(37). Ce morceau faisait partie du fonds Pierre-Édouard
Leclère (1798-1866), surintendant de police lors des Troubles de 1837-1838.
Ces “patriotiques larcins”, pour reprendre les termes de Hormidas
Magnan(38), ont été commis entre 1848, date de la découverte
du drapeau, et 1866, date de la mort des propriétaires.
À chaque Fête nationale, Baillargé permet que le drapeau
de Carillon défile mais bien “enroulé sur sa hampe, recouvert
d'un fourreau de toile(39)”. Il exige qu'on vienne le cueillir en corps
et accompagné d'une fanfare qui joue Partant pour la Syrie, puis après
1870 La Marseillaise. Au moins une fois, en 1866, le drapeau de Carillon reçoit, à l'aller
et au retour, les honneurs d'un salut de la part de la garnison régulière
stationnée à l'hôpital militaire rue Saint-Louis. Le 5 juin
1854 à l'église Notre-Dame de
Québec, la bannière est de la translation des restes mortels
des braves de 1760. Mais Baillargé refuse que le drapeau défile à Montréal
pour le cinquantenaire de la société arguant, devant ses collègues
de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, qu'il n'est
pas le “dépositaire” mais le “propriétaire
de ce vénérable drapeau” [Gagnon Ib]. Dans son travail
de mythification de la bannière, Baillargé reçoit l'aide
d'écrivains. Ainsi le poème Le Drapeau de Carillon d'Octave Crémazie,
publié en 1858, contribue fortement à publiciser la bannière
et par conséquent à l'édification du mythe. Le 28 octobre
1890, la relique est présentée au Comte de Paris en visite au
Québec alors qu'il est reçu à l'Université Laval(40).
Le 21 juillet 1885, il est de la procession qui marque le retour de campagne
au Nord-Ouest du 9e bataillon(41).
II.4 Propriété du Séminaire de Québec et de l'Université Laval
Ironiquement, à la mort de Baillargé en 1896, aucun de ses héritiers
n'est intéressé à la bannière de Carillon, comme
en fait foi la déclaration d'Octave Lemieux, juge de paix, faite le
12 décembre 1901 dans le but de confirmer la propriété de
l'Université Laval et du Séminaire de Québec sur le drapeau
de Carillon(42).
Ce document, c'est l'Université Laval qui en est l'inspiratrice afin
que son droit de propriété du drapeau ne puisse être contesté.
Au début de décembre 1901, la nouvelle que le drapeau de Carillon
apparaîtra pour la première de la pièce de Laurent-Olivier
David Le Drapeau de Carillon sème l'émoi à Québec.
F. Baillargé, neveu de l'ancien propriétaire, avait laissé entendre
que le nouveau propriétaire du drapeau, le Séminaire de Québec,
acceptait de prêter la bannière. Le 9 décembre 1901, les
membres du Conseil du Séminaire, réunis d'urgence, refusent d'accéder à la
demande alléguant le “triste état(43)” de la relique. “Le
drapeau n'est pas en état d'être déployé, si ce
n'est qu'avec des précautions qu'il ne faut pas s'attendre au théâtre.
C'est une relique vraiment nationale qu'il faut absolument conserver au prix
des plus grands sacrifices(44)”.
Les zouaves pontificaux de Québec à qui revient l'honneur de
porter la relique à chaque Fête nationale depuis 1901, finissent
par croire qu'ils sont les seuls à avoir ce droit. Le 22 septembre 1929,
le recteur de l'Université Laval prête “aux gardes de Québec
et même du dehors, le dit drapeau de Carillon pour une manifestation
au monument Montcalm pour commémorer le
170e anniversaire de la mort de ce général(45)”. Les zouaves
s'insurgent, nul, sauf eux, n'a le droit de porter la relique. Le 8 octobre
1929, Amédée Gosselin se fait confirmer par Hormidas Magnan,
gendre d'Octave Lemieux, qu'aucune clause de ce type n'existe. Finalement,
la relique participe le 13 juillet 1958 au bicentenaire de la bataille de Carillon
au Fort Ticonderoga (New York). Cette grande sortie marque l'apogée
de la bannière. Par la suite, elle tombera tranquillement dans l'oubli,
balayée par la Révolution tranquille et remplacée par
le fleurdelisé, officiellement drapeau du Québec depuis 1948.
II.5 Description
Du drapeau de Carillon, quatre descriptions existent. La première est
celle de Louis de Gonzague Baillargé, dont Ernest Gagnon se fait l'écho
en 1882 [Gagnon Ia]. Cette description remonte donc à 1848, au moment
de la découverte du drapeau. À la mort de Baillargé, en
1896, le drapeau est examiné par les autorités du Séminaire
de Québec et de l'Université Laval, son nouveau propriétaire.
Assistaient à l'examen Ernest Gagnon, secrétaire du Ministère
des Travaux publics, J.-C.-K. Laflamme, professeur à l'Université Laval,
George Saint-Michel, dessinateur au Ministère des Travaux publics et
dont les dessins de la relique sont conservés aux archives du Séminaire
(159A-138), un photographe de la maison Livernois de Québec dont les
clichés sont conservés à la section des cartes et gravures
des Archives nationales du Québec. Cette deuxième description
attribuée à Mgr
Laflamme est fournie par Ernest Gagnon en 1915 [Gagnon IIa]. Le 15 février
1982, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, “afin
de donner suite à sa politique de mise en valeur de notre Patrimoine
national” demande que soit restauré et exposé le drapeau
de Carillon. Le Séminaire se rend à la demande du Centre de restauration
et de conservation du Québec et accepte que le drapeau soit déroulé pour
examen le 16 septembre 1982. La troisième description est celle qu'en
fera René Robitaille alors conseiller général et responsable
du Comité de la sauvegarde du patrimoine de la Société Saint-Jean-Baptiste
de Québec [Robitaille]. En 1988, le Musée du Séminaire
de Québec, propriétaire du drapeau, accepte qu'il soit restauré.
La tâche est confiée à l'Institut canadien de conservation
sous la responsabilité de Ela Keyserlingk, restauratrice principale.
La quatrième description se retrouve dans le Rapport de traitement de
l'Institut canadien de conservation(46).
“Le drapeau mesure 213 centimètres de largeur sur 307 cm de longueur.
Il se compose de trois pans de soie beige d'armure unie mesurant 70 centimètres
de largeur chacun, cousus les uns aux autres par la lisière. Le long de
la lisière supérieure du drapeau est cousue une cravate en lin,
encollée et peinte [en rouge], de 5,8 centimètres de largeur. Les
trois autres lisières extérieures du drapeau sont protégées
par un ruban en soie bleue d'armure unie de 3,8 centimètres de largeur,
replié de façon à couvrir l'arête” [ICC]. Dans
la première description, il est dit que le “fond en est vert très
pâle (il a dû être bleu ciel autrefois)” [Gagnon Ia].
Ainsi s'expliquent que le fleurdelisé et ses ancêtres, le Carillon,
puis le Carillon-Sacré-Coeur, seront bleu ciel. Dans la deuxième
description, on affirme que la couleur de la bannière était “[p]robablement
le blanc, blanc crème ou jaune pâle” [Gagnon IIa].
L'orientation du drapeau a aussi soulevé la controverse. La cravate
cousue à la lisière supérieure et l'orientation des éléments
picturaux du drapeau montrent bien qu'il s'agit d'une bannière religieuse, à suspendre
verticalement. Pourtant, Baillargé, son découvreur, a tenu mordicus à en
faire un drapeau de régiment, suspendu horizontalement, plus en accord
avec le fait qu'il aurait connu le feu de Carillon. Il fait dire à Gagnon
dans son premier article que “M. Viger et quelques autres ayant exprimé l'opinion
que l'image de la Vierge indiquait une bannière de confrérie
et non un drapeau de régiment, ils furent invités par M. Baillargé à venir
juger des choses de visu. Après avoir examiné l'écusson,
puis, sur le côté et non sur le haut de l'étendard, le
fourreau garni d'oeillets où passait le galon qui tenait le tissu attaché à la
hampe, ils durent se rendre à l'évidence, et ils ne se doutèrent
plus que ce ne fût bien là un drapeau de régiment” [Gagnon
Ia]. À la mort de son premier propriétaire, Gagnon rectifie les
faits: le “fourreau en toile, contemporain du drapeau lui-même,
a été primitivement recouvert d'une couche de peinture rouge.
Il était destiné à recevoir la hampe de support, et celle-ci
devait être horizontale, étant donné l'orientation des
dessins dont le haut est toujours tourné du côté de la
hampe. -- Ses grandes dimensions, son mode de suspension, la disposition des
dessins, tout fait croire que nous avons affaire ici à une bannière
religieuse plutôt qu'à un drapeau militaire. Sur ce point aucun
doute possible” [Gagnon IIa].
En 1882, Gagnon affirme que le drapeau “porte les marques du passage
de deux ou trois balles et [qu']il paraît avoir été lacéré par
plusieurs coups de sabre” [Gagnon Ia]. Le drapeau avait donc connu le
feu de Carillon, il en était resté marqué. Il rétablit
les faits en 1915 : “Les trous de boulets et de balles, qu'on a quelquefois
voulu y voir, sont de simples déchirures, l'oeuvre du temps et d'un
enroulement défectueux” [Gagnon IIa].
La description la plus fiable des motifs de la bannière, aujourd'hui
plus ou moins discernables, est celle de Gagnon en 1915. “Sur un côté,
une madone a été peinte à l'huile. Sa robe est rouge,
son manteau est bleu. L'Enfant-Jésus se repose sur son bras gauche,
et sa droite est ramenée vers les pieds de l'enfant. Autour de sa tête
est une couronne d'étoiles, peintes de la même
manière que les fleurs de lys des quatre coins de la bannière.
Sous ses pieds, un croissant peint, lui aussi, comme les fleurs de lys. Au-dessous
l'inscription refugium peccatorum, en grandes capitales, se lit sur une bande également
peinte. [...] Les fleurs de lys qui occupent les quatre coins du tissu sont
plus pâles que le fond général de la bannière”.
Ce sont ces quatre fleurs de lis qui
apparaîtront sur le Carillon, puis le Carillon-Sacré-Coeur, pour
finalement, une fois redressées, orner le fleurdelisé québécois. “Sur
le revers de la bannière, on voyait les armoiries de France, timbrées
d'une couronne royale : écu ovale, à fond d'azur chargé de
trois fleurs de lys d'argent posées 2 et 1” [Gagnon IIa].
La bannière religieuse dite de Carillon date du XVIIIe siècle
comme le confirme l'expert en textiles Jean-Michel Tuchscherer :
“Le Drapeau de Carillon est sans aucun doute un document exceptionnel du
XVIIIe siècle” [Robitaille]. Quant aux armoiries sous la madone,
aujourd'hui effacées, elles sont fort probablement, comme l'affirme la
tradition, celles de Charles, marquis de Beauharnois (1671-1749), gouverneur
de la Nouvelle-France de 1726 à 1747 : D'argent à une fasce de
sable, surmontée de trois merlettes du même. D'une part, seul le
gouverneur avait le droit d'inscrire ses armoiries personnelles sur une bannière
aux armes de France et, d'autre part, seul Beauharnois a eu comme supports des
aigles. La bannière a donc fort probablement été fabriquée
entre 1726, date de l'arrivée du marquis en Nouvelle-France, et le 29
mai 1732, date où il deviendra commandeur de l'ordre de Saint-Louis avec
droit d'entourer son écu de la devise, qui n'apparaît pas sur le
drapeau : Bellicae virtutis praemium.
II.6 Le mythe
Aux lendemains des Troubles de 1837-1838 et de l'acte d'Union de 1841, une
vague de découragement déferle sur la population bas-canadienne.
Certains de ses chefs les plus éminents vont officiellement prôner
l'anglicisation telle que planifiée par le nouveau régime. Ainsi, Étienne
Parent, qui a défendu pendant de nombreuses années la nationalité canadienne
dans son journal le Canadien, suggère à ses “compatriotes
[...] [de] ne point lutter follement contre le cours inflexible des événements” et
espère que l'“assimilation, sous le nouvel état de choses,
se fera graduellement et sans secousse(47)”.D'autres n'accepteront pas
cet avenir bloqué, cette mort lente. Dans cette optique, le rappel des
hauts faits qui ont marqué le régime français nourrit
la fibre nationale et partant assure, en partie du moins, la survie de cette
société distincte. L'Histoire du Canada, de François-Xavier
Garneau, en réponse au “peuple sans histoire” de Durham,
et dont le troisième tome est publié l'année de la découverte
du drapeau, participe de ce mouvement. Baillargé, par son drapeau, participe à cette
reconquête de l'estime de soi du peuple bas-canadien. L'étonnant,
c'est qu'il ait choisi de le faire par l'entremise d'un objet dont il limite
les apparitions d'une part et les scénarise d'autre part afin que le
mythe naisse, s'amplifie et délaisse l'objet au profit de l'idée.
Puisque tous les faits qui entourent la découverte de la relique sont
véridiques, la présence du drapeau à la bataille de Carillon
ne devrait pas soulever de doute. Mais les omissions, sinon les mensonges,
de son découvreur, le secret dont il s'est entouré ont semé le
doute. Ce qui a
permis au mythe de naître devient un siècle plus tard responsable
de sa disparition. Mais que la bannière ait été présente
ou non à Carillon n'a plus guère d'importance. Elle a joué son
rôle : elle a servi à créer, un siècle presque jour
pour jour après sa découverte, le drapeau québécois
actuel. Sa couleur bleue, qui n'a jamais été sienne, et ses fleurs
de lis, sont devenues les marques distinctives du peuple québécois.
III LE CARILLON-SACRé-COEUR
III.1 Introduction
Au début du XXe siècle, pendant que la relique de Carillon se
mythifie au rythme de ses apparitions annuelles, les Canadiens français
arborent toujours le tricolore bleu-blanc-rouge qui, à leurs yeux, représente
le mieux leur caractère distinct. Mais le désir de l'Angleterre
de consolider son empire a comme corollaire la montée, sous l'impulsion,
entre autres, d'un Henri Bourassa, du nationalisme canadien-français
qui suscite, chez les francophones, le désir d'un drapeau plus en accord
avec leur identité nord-américaine. Plusieurs projets sont soumis à l'approbation
publique, tout spécialement durant les années 1901 à 1905.
Chacun est scruté à la lumière du parti pris idéologique
et de l'option politique du critique.
III.2 Projet I: le drapeau de Frédéric-Alexandre Baillargé
En 1901, l'abbé Frédéric-Alexandre Baillargé propose
d'adopter un fleurdelisé azur parsemé de fleurs de lis et frappé au
centre des armoiries du Québec surmontées d'une couronne. Les
armes sont encadrées de deux branches d'érable dont le point
de rencontre est frappé d'un castor sous lequel se trouve, sur un listel,
la devise Je me souviens. Pour mousser son projet, en plus d'articles, Baillargé envoie,
le 15 juin 1903, une circulaire de trois pages et publie, en 1904, la brochure
le Drapeau canadien-français. Azur *** Fleur de lis *** Castor Feuilles
d'érable Écusson. Nos raisons(48). Il y offre des exemplaires
de 6' sur 4' de son drapeau au prix de 6 $. La surcharge d'éléments
et l'utilisation des armoiries du Québec suscitent la critique. Louis
Fréchette, le libéral, qui avait déjà eu maille
avec Baillargé lors d'une querelle sur l'éducation en 1893, le
ridiculise : “Rien que cela!
Toute une batterie de cuisine. De quoi boire et manger à la discrétion
des amateurs. Pour un drapeau, voilà ce qui s'appelle un drapeau! Il
n'y manque que le portrait de l'inventeur(49)”. Jules-Paul Tardivel,
l'ultramontain, le rejette lui aussi parce que les armoiries de la province
de Québec le rendent inacceptable aux Canadiens français hors
Québec. En réponse à cette double critique Baillargé propose
en 1911 un projet simplifié qui ne survit pas à son auteur.
III.3 Projet II: le drapeau de Jules-Paul Tardivel
En février 1902, dans son journal la Vérité, Jules-Paul
Tardivel souhaite l'adoption d'un “drapeau blanc, pour rappeler notre
origine, sur lequel on verra l'image du Sacré-Coeur, emblème
de notre Foi, entourée d'une guirlande de feuilles d'érable,
emblème de notre nationalité(50)”. Les ultramontains sont
souvent partisans d'un drapeau blanc parce que, en cette période républicaine
et anticléricale de l'histoire de France, le blanc représente
le parti légitimiste, donc monarchiste et catholique.
L'ajout du Sacré-Coeur, se justifie, à leurs yeux, par les révélations
faites, en 1689, à Marguerite-Marie Alacoque, une visitadine de Paray-le-Monial
et, en 1826, à soeur Marie de Jésus du monastère des Oiseaux
de Paris, demandant de consacrer la France et son étendard au Sacré-Coeur.
Ils souhaitent que “[n]otre pieux pays [qui] faisait partie de la France
lorsque Notre-Seigneur demandait à la bienheureuse Marguerite-Marie
de faire mettre l'image du Sacré-Coeur sur le drapeau national français(51)” se
rende enfin à ce souhait. En France, dans les années 1890, tout
un mouvement ultramontain et légitimiste travaille, avec un certain
succès, à l'ajout du Sacré-Coeur sur le bleu-blanc-rouge.
Le 25 mai 1899, Léon XIII consacre le genre humain au Sacré-Coeur
dans son encyclique Annum Sacrum et conforte donc dans leur opinion les partisans
du Sacré-Coeur. Le 15 novembre 1902, l'abbé Huard s'y oppose “à cause
de la présence en cette province d'une minorité anglaise et protestante
et d'un certain nombre, mal disposés, de nos compatriotes”. À l'argument
de Tardivel qui lui signalait qu'il ne s'agissait pas d'un drapeau politique à savoir
celui du Québec mais du drapeau des Canadiens français, il rétorque
: “[I]l n'y a pas [...] de distinction réelle entre la race canadienne-française
et sa patrie propre la province de Québec”. Et l'abbé Huard
de conclure malgré tout : “Que les convaincus fassent donc les
frais d'établir de ces drapeaux à champ blanc ou azuré,
portant l'image du Coeur de Jésus, et les répandent dans tout
le pays”. Le 22 novembre Tardivel “souscri[t] [...] dix dollars
pour la vulgarisation de l'idée, d'après le plan du directeur
de la Semaine religieuse [l'abbé Huard]. Quand il y aura cent dollars
de souscrits, on pourra organiser un comité et se mettre à l'oeuvre(52)”.
Dans les semaines qui suivent Tardivel reçoit appuis et souscriptions
qu'il souligne dans la Vérité. Le 7 février 1903, la somme
atteint 76,25 $.
III.4 Projet III: le drapeau de Henri Bernard
En 1902, dans sa brochure Foulons le drapeau!? Quel drapeau choisir(53), l'abbé Henri
Bernard reconnaît que le tricolore français est le drapeau que
privilégient les Canadiens français lorsqu'ils déploient
une bannière. Mais à ce tricolore, il suggère d'ajouter,
au centre, un Sacré-Coeur qu'il canadianise grâce à deux
branches de feuilles d'érable en sautoir sous lesquels se trouve un
listel avec la devise du Québec Je me souviens. Malgré le Sacré-Coeur,
Jules-Paul Tardivel s'oppose au projet, car, pour lui, le tricolore français “a
le grave inconvénient d'être le drapeau politique d'un autre peuple,
d'un autre pays. Nous sommes un peuple bien distinct du peuple français
d'aujourd'hui, et nous n'avons aucun intérêt à être
confondus avec lui, loin de là(54)”.
III.5 Projet IV: le drapeau d'Elphège Filiatrault: le fleurdelisé
Le 26 septembre 1902 flotte sur le presbytère de Saint-Jude un fleurdelisé confectionné par
le curé, Elphège Filiatrault. En février 1903, sous le
pseudonyme Un compatriote, il publie la brochure Aux Canadiens français.
Notre drapeau, dans laquelle il récuse l'utilisation du tricolore français,
entre autres, pour des raisons politiques: “N'oublions pas que c'est
par tolérance que nous pouvons faire flotter le drapeau politique de
la France au Canada. Vienne un conflit entre la France et l'Angleterre, que
ferons-nous de ce drapeau? Ne vaut-il pas mieux l'abandonner maintenant de
notre plein gré, que d'attendre qu'on nous donne l'ordre de le faire
disparaître? L'incident Laval-McGill, à Montréal, lors
de la délivrance de Ladysmith, doit nous apprendre ce qui pourrait arriver”.
Il ne croit pas que “l'idée d'adopter le drapeau blanc de la Restauration,
non plus que tel drapeau de l'ancienne monarchie française, puisse jamais
prévaloir. Nous sommes un peuple nouveau sur la terre d'Amérique;
or, à un peuple nouveau, il faut un drapeau nouveau”. Pour ce
nouveau drapeau, il suggère d'emprunter à la bannière
de Carillon son champ azur, sa couleur bleue, et ses quatre fleurs de lis. Les
armes royales et la madone seront remplacées par une croix blanche,
laquelle renvoie à la
France puisque, depuis la guerre de Cent Ans, elle frappe la plupart des bannières,
pavillons et drapeaux français. Il se refuse à ajouter le Sacré-Coeur. À ceux
qui “regretteront peut-être le castor et la feuille d'érable”,
il fait “remarquer que ces emblèmes ne sont plus les emblèmes
exclusifs des Canadiens français. Ils sont avant tout les emblèmes
du Canada(55)”. Le 24 juin 1905, jour de la Fête nationale des
Canadiens français, le drapeau fleurdelisé du curé Filiatrault
est hissé à un mât de plus de 60 pieds au centre de la
rue Saint-Édouard, à l'angle de la rue Saint-Pierre à Saint-Jude.
Ainsi est présenté ce qui deviendra 45 ans plus tard, sauf pour
la disposition des fleurs de lis, le drapeau québécois. La première
illustration se trouve donc dans la brochure de Filiatrault (entre les pages
16 et 17). Lors de la démolition de l'ancien presbytère de Saint-Jude
vers 1954-1955, le sacristain a remis le fleurdelisé original à M.
Raymond Girouard qui, en 1993, en a fait don à la Société d'histoire
régionale du comté de St-Hyacinthe (Archives du Séminaire
de St-Hyacinthe). L'abbé Filiatrault, on aurait fait parvenir deux exemplaires à Québec.
Une plaque, marquée à chaque coin d'une fleur de lis pointant
vers le centre et installée dans le parc municipal de Saint-Jude par
la fabrique de la paroisse, rappelle le créateur du fleurdelisé : “En
hommage à Elphège Filiatrault à l'origine de la création
du drapeau québécois en 1902 à Saint-Jude (1850-1932)”.
Ironiquement, Frédéric-Alexandre Baillargé ne croyait
pas que ce drapeau puisse devenir drapeau national “parce qu'il ne tient
compte que de la domination française(56)”. III.6 Projet V: le
Carillon-Sacré-CoeurIllustration du Carillon Sacré-Coeur, publiée
par Chastel, Paris, probablement pendant la Première Guerre mondiale.
On remarquera la couronne royale au-dessus du Sacré-Coeur. Collection
Luc Bouvier.
III.6 Fin janvier 1903, un Comité du drapeau est formé à Québec. Dès février 1903, le Messager canadien du Coeur de Jésus souhaite que le “drapeau azuré aux fleurs de lis, avec le Sacré-Coeur au centre entouré de feuilles d'érable portant au bas la devise “Je me souviens”” devienne le drapeau national. “Il nous faut un drapeau que le peuple adopte peu à peu, qui prenne place sur nos
III.7 Projet VII: le drapeau de Louis Fréchette
Malgré les gains du Carillon-Sacré-Coeur, les partisans du tricolore
français, tels Louis Fréchette, ne jettent pas la serviette:
“Pour proclamer que nous sommes des fils de la France, il nous faut arborer
les couleurs françaises; et pour indiquer que nous sommes Canadiens, nous
pourrons y marier notre emblème national, la feuille d'érable,
qui, elle, dira à tous que si notre race est française, notre patrie,
c'est le Canada(65)”. Édouard Fortin dans Carillon! Carillon! Le
drapeau national des Canadiens français s'oppose au tricolore, même
avec feuille d'érable au centre : “Il me semble que ces feuilles
et ce drapeau ne diraient pas assez ce que nous sommes, d'autant plus que le
tricolore resterait toujours le tricolore, malgré cette légère
transformation”. Il appuie le Carillon-Sacré-Coeur et voit deux
catégories d'opposants : “les libres-penseurs, relativement peu
nombreux, et les timorés, au nombre desquels je classe ceux de mes compatriotes
qui veulent absolument que le drapeau de la puissance soit celui des Canadiens
français(66)”. Louis Fréchette s'insurge contre la tentative
de détrôner le tricolore français au profit du Carillon-Sacré-Coeur.
Mais, surtout, ce que souligne Fréchette, c'est le caractère idéologique
que sous-tend cette préférence du Carillon-Sacré-Coeur. “On
n'aime pas la République dans certains quartiers, c'est connu. Malgré la
volonté, clairement et maintes fois exprimée, du sage Léon
XIII, plusieurs la conspuent et la dénoncent. On en a le droit --
et trop souvent l'occasion,
malheureusement. Mais après? Le tricolore n'est pas le drapeau de M.
Combes [responsable des lois anticléricales], c'est le drapeau de la
France. Le jeu des factions et les fautes d'un gouvernement n'empêcheront
pas que la France ne soit notre mère(67)”. Le 20 juin 1903, dans
la Patrie, Lisette, Un disciple d'Esculape et Un vrai catholique souhaitent
que perdure le tricolore. Lisette propose en outre de “dépos[er],
sur la blancheur immaculée de son second pli, les armes de notre province
avec leur devise si bien pensée : Je me souviens!(68)”.
III.8 Défense du Carillon-Sacré-Coeur
La querelle entre les partisans du tricolore français et ceux du Carillon-Sacré-Coeur
se poursuit bon an mal an jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale.
Ainsi en 1910, lors du XXIe Congrès eucharistique international, sur
l'Hôtel de ville de Montréal flottent, par ordre de préséance,
le drapeau britannique, le drapeau papal, le drapeau irlandais et le drapeau
américain. Devant les représentations de Canadiens français,
le Carillon-Sacré-Coeur est hissé(69). Le maire Guerin, Irlandais,
interdit par la force que le bleu-blanc-rouge soit hissé à la
place du drapeau irlandais comme le demandait le comité de réception
du Congrès. Le 29 septembre 1910, Laurent-Olivier David entreprend de
défendre le tricolore français. Plusieurs raisons militent en
faveur du drapeau français. En réponse à l'argument, très
souvent implicite, des ultramontains selon lequel le bleu-blanc-rouge est avant
tout un drapeau républicain, franc-maçonnique et anticlérical,
surtout en ce début du XXe où le gouvernement français
s'attaque aux communautés religieuses, David soutient que le “drapeau
tricolore n'est pas le drapeau d'une dynastie, d'un parti ou d'un gouvernement,
c'est le drapeau de la France”. David, chaud partisan du lauriérisme,
ajoute: “Est-il sage, convenable et délicat d'adopter dans un
pays dont la majorité est anglaise et protestante, un drapeau [le Carillon-Sacré-Coeur]
dont le nom et la vue sont de nature à éveiller chez elle des
souvenirs humiliants, des sentiments d'antipathie?(70)”.
Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le bleu-blanc-rouge et le Carillon-Sacré-Coeur
luttent et se côtoient, le premier marchant vers son déclin; le
second, vers son apogée. D'un côté, Georges Vattier note
en 1928: “Le Français qui voyage à travers la province
de Québec éprouve une joie bien compréhensible en voyant
flotter un peu partout nos trois couleurs, non seulement sur des maisons privées,
des villas d'été, mais aussi sur des édifices officiels
et les bâtiments publics(71)”; de l'autre, le Carillon-Sacré-Coeur
devient le 11 novembre 1926 drapeau officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste
de Montréal (Statuts du Québec, 16 Geo. V, chap. 106).
Mais, en juin 1935, Arthur Laurendeau jette un pavé dans la mare quand,
dans l'Action nationale, il suggère de gommer le Sacré-Coeur
et de ne garder comme marque distinctive que le Carillon avec les feuilles
d'érable. La réplique vient de haut. Le 23 juin 1937, le Cardinal
Rodrigue Villeneuve “invite [...] ardemment tous les diocésains
de Québec à continuer d'arborer le
Carillon-Sacré-Coeur, comme ils l'ont fait depuis trente ans. [Il] compte
qu'ils le feront surtout à l'occasion du Congrès de la Langue
française [qui se tiendra à Québec du 27 juin au 1er juillet].
Ils affirment ainsi hautement le caractère chrétien de toutes
nos traditions sociales(72)”. En juin et en août 1937, le Messager
canadien de Montréal se porte à la défense du Carillon-Sacré-Coeur
: “Ceux qui arboraient déjà ce drapeau [...] n'ont ni à le
rejeter ni à le modifier. Bien au contraire! Qu'ils le fassent flotter
fièrement à la brise, heureux de proclamer du même coup
leur nationalité et leur fidélité au Christ(73)”.
Finalement, le 10 juin 1939, C.-J. Magnan donne au poste CHRC sous les
auspices de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec une conférence à la
défense du Carillon-Sacré-Coeur. Pendant que le monde bascule
dans la terrible épreuve de la Seconde Guerre mondiale, au Québec,
les couleurs françaises disparaissent au profit du Carillon-Sacré-Coeur.
IV VERS LE FLEURDELISé
IV.1 Introduction
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la campagne en faveur d'un drapeau
québécois reprend de plus belle. Par rapport à celle du
début du siècle qui permit l'éclosion de plusieurs projets
de drapeau distinctif pour les Canadiens français, celle qui s'ouvre
avec la fin de la guerre est marquée par un consensus autour du drapeau à privilégier:
la majorité opte pour le fleurdelisé. Même l'absence du
Sacré-Coeur ne soulève plus de vagues au sein du clergé québécois.
Dans une lettre à Anatole Vanier du 3 mai 1947, René Chaloult
signale qu'à son grand soulagement, “la Fédération
des oeuvres de charité de Montréal [lui] a écrit qu'elle
acceptait la formule du fleurdelisé "avec ou sans Sacré-Coeur"(74)”.
La querelle se concentre tout simplement sur l'opportunité, pour le
Québec, de se donner un drapeau distinctif. La campagne va porter sur
deux fronts: le front législatif, alors que René Chaloult va
parrainer des résolutions à la législature provinciale,
et le front promotionnel, grâce à diverses sociétés
dont l'Ordre de Jacques-Cartier, la Société Saint-Jean-Baptiste
de Montréal et les Jeunes laurentiens (Jeunesses laurentiennes).
IV.2 Le front promotionnel
La première tentative de créer un organisme de promotion du fleurdelisé date
de mars 1936. Sous le nom de Ligue de propagande du drapeau des Canadiens français,
se cache Thérien Frères limitée, qui espère ainsi
ne pas “donner naissance à certaines discussions qui seraient
de nature à nuire au mouvement et à nous causer un certain préjudice(75)”.
La Ligue d'action nationale, donc l'Action nationale, à l'origine du
mouvement en faveur du fleurdelisé, accepte de parrainer le nouveau
comité(76). Mais c'est en 1939 avec le Comité du drapeau Carillon-fleurdelisé,
dont le secrétaire est Roland Chapleau, que la campagne prend son envol.
En novembre 1939, le Comité offre, en plus des drapeaux, des banderoles,
buvards, cartes de bonne année, cartes postales, coussins, décalqueurs, écussons,
enveloppes, insignes, mouchoirs, photographies, plaques, tablettes, timbres,
cartes (Promesse de fidélité, Nos traditions) aux couleurs du
fleurdelisé. Dans une circulaire du 29 juillet 1940, le Comité du
drapeau Carillon-fleurdelisé a transformé son nom en celui de
Comité du drapeau. Il prend finalement le nom de Comité de propagande
du drapeau dans une circulaire du 26 février 1945 alors que le notaire
Michel-E. Robillard en est le secrétaire. La mort d'Orphir Robert, âme
dirigeante du Comité, oblige les Jeunes laurentiens et Rosaire Morin à le
prendre en charge. Sous le nom de l'agence Dollard, le Comité de propagande
du drapeau offre, dans une circulaire du 7 février 1947, drapeaux, buvards,
décalqueurs, enveloppes, mouchoirs, insignes, photographies, plaques,
promesse de fidélité, timbres, tablettes. Quant à la Société Saint-Jean-Baptiste
de Montréal, qui avait entrepris des démarches en vue de l'obtention
des droits d'auteur du drapeau, elle fait la promotion du fleurdelisé par
l'entremise de l'Agence Duvernay qui, dans une circulaire du 22 janvier 1943,
offre drapeaux, insignes, décalqueurs, banderoles, plaques, buvards,
enveloppes, timbres(77). Derrière ces comités, trois sociétés
agissent : l'Ordre de Jacques-Cartier, la Société Saint-Jean-Baptiste
de Montréal et les Jeunes laurentiens.
IV.3 L'Ordre de Jacques-Cartier
L'implication de l'Ordre de Jacques-Cartier est indéniable et, à plusieurs
reprises, René Chaloult le reconnaîtra, entre autres lors du Congrès
anniversaire de l'Ordre en 1953. Lors d'une plénière qu'il préside,
il affirme: “Je me réjouis d'apercevoir à ma droite le
drapeau de la province de Québec, votre drapeau! Je dis votre drapeau
en effet, parce que c'est vous qui l'avez donné à la province
de Québec. Il y avait des résistances et des résistances
nombreuses: c'était le drapeau des séparatistes, le drapeau nationaliste
et le drapeau de la ligue rouge, de l'abbé Groulx(78)”. T.-Damien
Bouchard, farouche adversaire de l'Ordre, reconnaît la présence
de ce dernier dans la campagne en faveur du fleurdelisé : “Les
récents événements indiquent que, plus que jamais, l'underground
[lire l'Ordre] est à l'oeuvre”. Selon lui, la promotion du fleurdelisé camoufle
des visées séparatistes. “M. Chaloult, en soulevant la
question de l'établissement d'un drapeau pour la province qu'il a décrite,
lui aussi, par les mots état français, démontre que les
menées séparatistes sont encore en pleine activité(79)”.
Dans Une société secrète: l'Ordre de Jacques Cartier,
G.-Raymond Laliberté souligne que la campagne en faveur du fleurdelisé a
représenté et représente aux yeux des membres de l'Ordre
l'un de ses “bons coups”. La première implication de l'Ordre
dans le dossier remonte à 1939. Dans une circulaire datée de
novembre 1939 du Comité du drapeau Carillon-fleurdelisé et adressée à toutes
les commanderies locales (XCC) du Canada, Roland Chapleau rappelle que “[l]ors
du dernier congrès à Ottawa un voeu a été adopté pour
que le drapeau CARILLON-FLEURDELISÉ soit mis en évidence dans
tout le Canada(80)”. La promotion du fleurdelisé fait partie du
programme de l'Ordre pour l'année 1942. En novembre 1946, Rosaire Morin,
président des Jeunes laurentiens, demande à la chancellerie (CX)
de l'Ordre de Jacques Cartier la publication de deux circulaires: la première, à paraître
immédiatement, “consisterait en un mot d'ordre précis dans
lequel on ferait connaître l'origine, l'historique et le sens de notre
fleurdelisé” et la deuxième, à paraître en
février 1947, “demanderait aux membres de propager dans toutes
les paroisses notre drapeau national et de le faire arborer fièrement
dans toutes les manifestations”. La CX accepte et la circulaire générale
no 473 du 3 mars 1947 reprend à son compte les deux demandes des Jeunes
laurentiens: explication du drapeau et propagation(81).
Le 11 décembre 1947, en prévision de la discussion sur la motion
Chaloult qui doit se tenir le 21 janvier 1948, le secrétaire de la CX
veut intensifier la campagne en faveur du drapeau provincial. Il fait parvenir
aux commanderies locales du Québec (XC) un mot d'ordre qui marque le
départ de la troisième phase(82) de la campagne en faveur du
fleurdelisé et qui consiste à “faire
adopter des résolutions par le plus grand nombre possible de corps publics,
conseils municipaux, conseils de comté, associations de tout genre,
d'obtenir l'appui de la presse, spécialement de la presse rurale, en
faveur de l'adoption du fleurdelisé(83)”.
IV.4 Le front législatif
Dans Fridolinons 44 intitulé La Conférence du rire (Conférence
de Québec), Fridolin-Gratien Gélinas dans le rôle de King
s'écrie: “Oui, luttons pour la défense de notre drapeau”.
John Bouboule (Churchill) lui fait remarquer que ce n'est pas le sien. King-Fridolin
réplique: “Luttons alors pour notre unité nationale!”.
L'oncle Sam (Roosevelt) lui signale que cette unité est tout aussi inexistante
que son drapeau. La question du drapeau est une boîte de Pandore que
King hésite à ouvrir quand la demande vient des francophones.
Ainsi le 9 juin 1943, il élude les deux questions du député de
Québec-Montmorency, M. Wilfrid Lacroix: l'Union Jack, drapeau de l'Angleterre,
est-il celui du Canada et le gouvernement a-t-il l'intention de doter le
Canada d'un
drapeau distinctif? Quand, le 11 août 1944, l'anglophone John Diefenbaker
s'intéresse à la question, King prend la chose au sérieux
et se dit favorable à l'adoption d'un drapeau distinctif pour le Canada.
Le 24 novembre 1945, le gouvernement fédéral institue un comité parlementaire “dans
le but de faire étude et rapport sur un motif approprié” pour
le drapeau canadien. Le 27 février 1946, l'assemblée législative
du Québec adopte à l'unanimité une proposition qui “prie
le comité parlementaire fédéral de choisir un drapeau
véritablement canadien, c'est-à-dire un drapeau qui exclut tout
signe de servage, de colonialisme et que peut arborer fièrement tout
Canadien sans distinction d'origine”,
Attendu que M. Louis-Stephen St-Laurent, en sa qualité de ministre de
la Couronne et de mandataire du Québec, a déclaré, au
cours du débat, qu'il serait “bien surpris et bien déçu” si
le Comité ne recommandait pas l'inclusion de l'Union Jack dans le
dessin du drapeau;
Attendu que ces sentiments n'expriment pas ceux du peuple canadien-français,
cofondateur du pays et représentant le plus fort groupe ethnique au
Canada;
Attendu que l'Union Jack est un emblème anglais, dont la présence
sur notre drapeau décèlerait des traces de racisme et symboliserait
un assujettissement à l'Angleterre tout à fait incompatible avec
notre statut d'indépendance et notre dignité de nation souveraine.
Le comité parlementaire fédéral se penche sur la question
et reçoit des centaines de projets (2 041 selon la Ligue du drapeau
national; 2 409 selon d'autres sources). Malgré la résolution
que l'Assemblée législative a fait parvenir au président
et aux membres du comité fédéral, un Red Ensign remanié est
adopté par la chambre des Communes le 11 juillet 1946. À Québec,
l'Union Jack flotte toujours sur le Parlement, le gouvernement québécois
refuse, par ce geste, d'entériner le choix fédéral. Certains
posent des gestes d'éclat. Le 8 août 1946, l'abbé Joseph
Ferland, curé de St-Roch refuse d'admettre dans son église la
bière d'un soldat recouvert d'un Union Jack. On lui substitue un drapeau
noir. “Je respecte l'Union Jack, a dit l'abbé Ferland aux reporters
américains, mais je le respecte à sa place et ce drapeau n'est
pas à sa place dans les églises canadiennes-françaises.
Je ne permettrai plus qu'il entre dans mon église. Nous ne devrions
pas recouvrir de l'Union Jack le cercueil de nos soldats canadiens, anglais
comme français. J'estime en effet que c'est là manifester du
servilisme et faire insulte à notre propre pays. Qu'on note toutefois
que je n'entends pas manifester du mépris pour le drapeau de l'Angleterre.
Encore une fois, je le respecte, mais à sa place(84)”.
Le 19 mars 1947, René Chaloult, député indépendant
de Québec-Comté, appuyé d'André Laurendeau, chef
du Bloc populaire, “invite le gouvernement du Québec à arborer
sans délai sur la tour centrale de son hôtel un drapeau nettement
canadien et qui symbolise les aspirations du peuple de cette province”.
Le gouvernement réplique par un amendement dilatoire: “Qu'un comité spécial
composé de douze membres de l'Assemblée législative soit
formé pour étudier les questions et les aspects que soulève
la motion en discussion”. Formé d'Onésime Gagnon, élu
président, de Camille-Eugène Pouliot, de Jonathan Robinson, de
Patrice Tardif, d'Adélard Godbout, de James Arthur Mathewson, de Jacques
Dumoulin, de Maurice Bellemare, de
Joseph-François-Albert Gatien, d'Henri Vachon, de René Chaloult
et d'André Laurendeau, le comité se réunit à deux
reprises : les 9 et 23 avril 1947. À la deuxième rencontre, Onésime
Gagnon et René Chaloult “soumettent [...] la volumineuse correspondance
reçue [...] ainsi que quelques motifs de drapeau”. De ces projets
de drapeau, René Chaloult ne se rappelle, dans une lettre à Raoul
Roy du 6 octobre 1962, outre le fleurdelisé, que du drapeau de la Ligue
du drapeau national dont aurait parlé Godbout et dont le blasonnement
est Tranché de gueules et d'argent, une feuille d'érable de sinople
sur le tout(85). Deux membres unionistes soumettent une résolution qui
demande au gouvernement canadien d'arborer “dans le plus court délai
[...] un drapeau
exclusivement et véritablement canadien”. “Ils constatent
que la motion présentée par le député de Québec-Comté,
et qui fait l'objet de leurs délibérations, n'est pas susceptible
d'exécution immédiate”. Ils se disent favorables à un
drapeau particulier ne comportant aucun signe de séparatisme”.
Seuls André Laurendeau, chef du Bloc populaire, Jacques Dumoulin, libéral,
et René Chaloult votent contre la résolution. André Laurendeau,
appuyé par René Chaloult, réplique par l'amendement
suivant:
1 -- Ils expriment l'opinion qu'il est opportun de choisir immédiatement
un drapeau provincial;
2 -- Ils expriment le voeu que ce drapeau soit le fleurdelisé, arborédepuis
plus de 40 ans par la population du Québec comme un drapeau distinctif”.
Le président unioniste du comité juge l'amendement “irrégulier,
comme n'étant pas conforme aux instructions de la Chambre, lors de la
formation du comité”. Aux trois opposants s'ajoute alors Adélard
Godbout chef du parti libéral. Le comité se dissout après
avoir appuyé le principe d'un drapeau pour le Québec(86). Le
29 avril 1947, René Chaloult, en réplique au refus du gouvernement
de consacrer le fleurdelisé drapeau national, souligne que “nos
gouvernements provinciaux sont habituellement pusillanimes. Ils éprouvent
la crainte, la hantise constante de la minorité. [...] C'est infiniment
triste, mais c'est ainsi. Toujours notre réflexe de vaincu. Il est trop
commode de reprocher à Ottawa son hésitation à nous doter
d'un drapeau pour faire oublier qu'on n'ose pas s'en donner à soi-même”.
Et le député de promettre qu'il réinscrira sa motion l'année
prochaine(87)”. Le 2 décembre 1947, Chaloult récidive : “Cette
Ch ambre prie le gouvernement de doter cette province, au cours de la présente
session et, à l'exemple de la Nouvelle-Écosse, d'un drapeau véritablement
québécois”.
IV.5 Les projets de Burroughs Pelletier
Même si dans la population et au Parlement la pression monte en faveur
du fleurdelisé, ce drapeau “séparatiste”, Duplessis
semble peu intéressé à donner “un drapeau à sa
province” pour reprendre le slogan de ses futures campagnes électorales. À la
fin de décembre 1947 ou au début de janvier 1948, il convoque
sans préavis Burroughs Pelletier, alors directeur du Service provincial
de l'urbanisme au ministère des Affaires municipales et futur membre-fondateur
de la Société héraldique du Canada. Outre le Premier Ministre
s'y trouvaient, entre autres, Onésime Gagnon, trésorier de la
province, Omer Côté, secrétaire de la province, Paul Sauvé,
ministre du Bien-être social et de la Jeunesse. Gagnon fait les présentations.
Duplessis lui demande son opinion “sur le sujet et le dessin d'un drapeau
pour la Province”. Pelletier lui explique que le Québec peut utiliser
ses armoiries comme drapeau. Côté parle d'un projet de drapeau
imaginé par un frère d'une communauté religieuse enseignante:
un tricolore bleu-blanc-rouge en bandes
diagonales disposées de droite à gauche, marqué dans le
coin supérieur gauche de l'Union Jack et dans le coin inférieur
droit d'une feuille d'érable ou d'une fleur de lis (?). Pelletier s'oppose à tout
drapeau faisant référence au bleu-blanc-rouge parce que ce drapeau “n'avait
rien à faire avec le Canada”. Au cours de la discussion, Burroughs
Pelletier offre à Maurice Duplessis de lui soumettre un certain nombre
de projets de drapeau. Sur l'acceptation du Premier Ministre, Pelletier se
met à la tâche Lors d'une rencontre subséquente, en janvier
1948, et où étaient réunis à peu près les
mêmes personnes, il soumet à Maurice Duplessis 7 projets de drapeaux,
numérotés A, B, C1, C2, C3, D, E, et dont les dessins ont été exécutés
par Gérard Gallienne, alors fonctionnaire au Service de la cartographie
du ministère des Mines. Le modèle A représente les anciennes
armes de la province de Québec, telles que reçues par décret
de la reine Victoria le 26 mai 1868 : D'or, à la fasce de gueules chargée
d'un lion d'or passant regardant et accompagnées en chef de deux fleurs
de lis d'azur et en pointe de trois feuilles d'érable sinoples tigées.
En accord avec les principes qu'il défendait
depuis une dizaine d'années, c'est le projet que Pelletier favorisait.
En fait, ce modèle de drapeau avait déjà flotté sur
une institution québécoise. À l'été 1938,
A.-O. Dufresne, alors sous-ministre au ministère des Mines, souligne à Burroughs
Pelletier, employé au même ministère, qu'il aimerait arborer
un drapeau québécois distinctif à l'occasion de l'ouverture
officielle de la Mine-École près de Val-d'or en Abitibi. Pelletier
lui suggère d'arborer un drapeau aux armes du Québec. L'idée
plaît et Dufresne fait confectionner deux drapeaux qui servirent lors
de l'inauguration de la Mine-École, le 24 septembre 1938. Le modèle
B représente le second choix de Pelletier. Les anciennes armes du Québec
se retrouvent dans le canton supérieur gauche sur fond bleu à croix
blanche. Le modèle C1 et ses variantes C2 et C3 sont le troisième
choix du spécialiste. C1 est sur fond bleu à croix blanche avec,
au centre, les anciennes armes du Québec surmontées d'une couronne
avec au-dessus la devise : Je me souviens. C2 est identique sauf que la devise
a disparu et que les armes empiètent sur les cantons. Quant à C3,
il est identique à C2, sauf que la couronne a disparu. En ce qui concerne
les deux derniers projets, ils ont été soumis mais non recommandés.
Le premier, D, est sur fond bleu avec les anciennes armes du Québec
dans le coin supérieur gauche. Le second. E, est formé de 7 bandes
horizontales rouge, blanc bleu, blanc, bleu, blanc, rouge avec les anciennes
armes du Québec dans le coin supérieur gauche.
L'élément commun à tous ces projets est les anciennes
armes du Québec. Lors de cette deuxième rencontre, Burroughs
Pelletier avait apporté avec lui deux plaquettes en plastique illustrant
les armes du Québec et un des deux drapeaux ayant servi lors de l'inauguration
de l'école provinciale des mines en 1938. L'instigateur a “insisté sur
la beauté de ce drapeau et sur le bel effet qu'il ferait lorsqu'il serait
arboré sur la tour principale du Parlement”. Paul Sauvé semble
pencher en faveur de ce projet. Puis la rencontre se clôt, pour Burroughs
Pelletier, sans qu'aucune décision ne soit prise(88).
En ce mois de janvier 1948, les partisans du fleurdelisé ignorent l'existence
de ces projets et se préparent en vue d'une bataille qui n'aura pas
lieu.
V Le fleurdelisé
V.1 La campagne promotionnelle de janvier 1948
La campagne en faveur du fleurdelisé, parrainée entre autres
par l'Ordre de Jacques-Cartier, prend de l'ampleur au début de janvier
1948. Le 7, dans une circulaire qui reprend le mot d'ordre adressé le
11 décembre 1947 par la Chancellerie (CX) aux commanderies locales du
Québec, l'Ordre demande à tous les frères de 4e degré, à tous
les CR (conseil régional), CPR (comité permanent du conseil régional),
XC (commanderie locale), CP (comité permanent de la commanderie locale), à toutes
les associations noyautées d'agir immédiatement. L'opération
consiste à inonder de lettres favorables au fleurdelisé le premier
ministre et les députés, à adopter et à publiciser
par l'entremise des journaux des résolutions d'appui au fleurdelisé, à organiser
des délégations auprès des ministres et députés
et à faire intervenir les conseils municipaux(89). Le Comité de
propagande du drapeau devient le Comité du drapeau provincial avec Rosaire
Morin comme directeur. Le 16 janvier, un comité représentatif
de 6 membres est constitué à Québec; le 19, 44 personnalités
forment celui de Montréal. Pendant le mois de janvier, le Comité publie
une série de lettres et de communiqués qui visent à mousser
la campagne. Parmi eux, un argumentaire répond aux objections les plus
courantes: “Loin de dépouiller les autres
groupes français du drapeau qu'ils ont accepté depuis longtemps,
l'adoption du fleurdelisé lui conférerait une sorte de consécration
officielle”; “À ceux qui voudraient dénoncer le drapeau
provincial comme une manifestation d'isolationnisme ou de séparatisme,
il suffit de rappeler que la Nouvelle-Écosse possède depuis de
nombreuses années son propre drapeau”; “Nous voulons arborer
le fleurdelisé, mais nous arborerons aussi avec enthousiasme le drapeau
de l'État canadien, dès qu'il aura été choisi.
Nous lui donnerons même la place d'honneur entre deux fleurdelisés
pour bien marquer notre volonté de servir l'État canadien, sans
renoncer à notre propre héritage(90) ”.
Louis-Philippe Roy de l'Action catholique qui suit attentivement cette campagne
dans la région de Québec en constate la réussite :“Hé bien!
je crois que l'opinion populaire est en train de s'exprimer, et bellement.
Les sections de la St-Jean-Baptiste de plusieurs diocèses, les cercles
Lacordaire et Ste-Jeanne-d'Arc, des conseils municipaux urbains et ruraux,
des commissions
scolaires, des cercles de fermières, des cercles d'U.C.C., des sections
de l'Union des électeurs, des Ligues du Sacré-Coeur, des Caisses
populaires, des ligues de citoyens, un grand nombre de mouvements spécialisés
d'Action catholique (L.O.C. et L.O.C.F., J.O.C. et J.O.C.F., J.A.C. et J.A.C.F.,
J.E.C. et J.E.C.F., etc., etc.), des Guides, des Scouts, la Fédération
générale des étudiants de Laval, des syndicats professionnels,
plusieurs institutions d'enseignement, autres groupements sportifs, sociaux,
patriotiques dont les Jeunesses laurentiennes, et nombre d'autres ont donné dans
la campagne avec entrain, sans parler des milliers et des milliers de personnes
agissant individuellement(91)”. Selon Groulx, 60 000 signatures sont
recueillies, 50 000 selon le Carabin, les organisateurs parlent de 75 000
lettres(92) .
V.2 Les négociations Duplessis-Chaloult
Pendant que la campagne en faveur du fleurdelisé bat son plein, Maurice
Duplessis rencontre à deux reprises René Chaloult quelques jours
avant le 21 janvier date du débat sur la motion en faveur du fleurdelisé.
Deux versions existent de la première entrevue: celle de Chaloult et
celle de Groulx(93). Il semble bien que Duplessis favorise alors les projets
C1, C2 ou C3 de Burroughs Pelletier. Selon les dires de Chaloult, lors de la
première rencontre, au député de Québec-Comté qui
lui souligne que le fleurdelisé “ne comporte rien de séparatiste”,
Duplessis rétorque : “Que penserais-tu de placer au centre du
drapeau les armoiries de la province? Il y a un lion là-dedans, tu n'as
pas besoin d'en avoir peur. On me dit que c'est le lion de Guillaume le Conquérant...
Que dirais-tu d'une couronne rouge, que les uns pourraient considérer
comme la couronne de France et les autres comme celle de l'Angleterre? Si ces
propositions ne plaisaient pas à tes amis préféreraient-ils
une feuille d'érable rouge? [...] Ton drapeau [le fleurdelisé]
[...] me paraît contenir beaucoup de bleu et un drapeau québécois
doit être accepté par les deux partis”. Chaloult demande à réfléchir
et consulte Groulx par téléphone. Celui-ci “s'objecte aux
armoiries et à la couronne [...]..."Quant à la feuille d'érable
rouge, [...] peut-être serait-elle acceptable, mais, si possible, évitez
toute modification. je soupçonne [...] que le premier ministre désire
donner un cachet personnel au drapeau. Suggérez-lui donc de redresser
les fleurs de lis qui convergent vers le centre parce que le Sacré-Coeur
y figurait"”. Groulx, quant à lui, se rappelle que Chaloult
soutient, lors de son appel téléphonique qu'il date du 19 ou
20 janvier 1948, que Duplessis “est fortement ennuyé et même
impressionné par les pétitions qui pleuvent en trombe, sur son
bureau. Il hésite; il ne sait que faire; mais il craint surtout les
réactions de l'opinion anglo-canadienne”. Toujours selon Groulx,
Chaloult ne lui parle alors que de l'ajout des armoiries. Groulx réplique: “Cette
apposition d'“armes” fort compliquées sur un drapeau est
cocasse, absurde. Le drapeau ne sera pas de fabrication facile. Mais enfin,
si le premier ministre n'en démord pas, cédez à sa fantaisie.
Le gouvernement ou la Chambre auront quand même accepté le principe
d'un drapeau vraiment à nous. Quant aux “armes” de la province
de Québec, il sera toujours possible de les faire sauter un de ces jours”.
Quant au redressement des fleurs de lis, Groulx n'en dit mot dans ses Mémoires.
Il est possible que Chaloult, dans ses Mémoires politiques, confonde
cette conversation avec la lettre que Groulx lui faisait parvenir le 25 mars
1947 et dans laquelle l'abbé soutenait que le fleurdelisé “rappelle
nos origines françaises, et [qu']il n'est point, pour tout cela, une
copie servile, même des vieux drapeaux français. Si nous en avons
gardé le dessin général, il n'y a tout de même au
centre aucune couronne royale. [...] Peut-être resterait-il à redresser
les fleurs de lis! Elles ont été pointées vers le centre,
en hommage au Sacré-Coeur qui s'y trouvait autrefois. Vous feriez bien
de consulter, là-dessus, les héraldistes. Je crois que les fleurs
de lis y gagneraient à se placer droite(94)” . Il semble que Groulx
soit le premier à avoir avancé l'idée de redresser les
fleurs de lis. Groulx se rappelle aussi que Chaloult, qui n'en parle pas dans
ses Mémoires politiques, lui téléphone une deuxième
fois, le lendemain du premier appel, et lui dit : “Le premier ministre
a renoncé aux “armes de la province. Mais il tient mordicus, pour
plaire à l'opinion anglaise, à remplacer les “armes”,
au centre du drapeau, par une couronne ou une feuille d'érable”. À cela
Groulx répond : “Point de couronne s'il-vous-plaît. Mais
va pour la feuille d'érable”. Il y a une autre rencontre au bureau
du premier ministre, le lendemain de la première selon Chaloult. De
cette deuxième rencontre, deux versions existent : celle de Chaloult
et celle de Burroughs Pelletier(95). Au début seuls Chaloult et Duplessis
sont présents. Chaloult affirme avoir “expos[é] modestement
les suggestions de l'abbé Groulx sans lui [à Duplessis] en dire,
bien sûr, la provenance”. Lorsqu'il lui parle de redresser les
fleurs de lis, Duplessis “appelle un fidèle et distingué fonctionnaire,
M. Burroughs Pelletier, versé en science héraldique”. Pelletier
raconte qu'il a alors “exhibé de nouveau les projets et spécialement
celui des armes de la Province [projet A]. Monsieur Duplessis a demandé à monsieur
Chaloult s'il y voyait objection et celui-ci a répondu que pour lui-même
il n'en avait aucune, mais quant aux organisations patriotiques il ne pouvait
rien dire avant de les consulter”. Puis Duplessis demande à Pelletier
son opinion sur le fleurdelisé. Ce dernier répond qu'il est “correct
au point de vue héraldique mais que [s]a préférence [va]
toujours à celui des armes de la Province”. Duplessis lui demande
alors son opinion sur le redressement des fleurs de lis. Pelletier soutient
alors “que, sans en être tout à fait certain, [il est] d'opinion
que dans le drapeau primitif [...], l'on avait placé les fleurs de lys
[...] en hommage au Sacré-Coeur, mais que maintenant que le Sacré-Coeur était
enlevé du drapeau, [il] ne vo[it] plus pourquoi l'on 'inférioris[er]ait'
les fleurs de lys en les maintenant dans leur position antérieure plutôt
que de les mettre droites au milieu des quatre cantons du drapeau”. Puis,
toujours selon Pelletier, à la demande de Duplessis, Chaloult affirme
qu'il est d'accord avec le redressement des fleurs de lis. Sur ce, la rencontre
se termine. Il y a discordance entre Chaloult et Pelletier. Le premier soutient
que Duplessis a clairement laissé entendre que le député de
Québec-Comté suggérait le redressement des fleurs de lis.
Le second affirme que Duplessis aborde la question en affirmant qu'on lui en
a fait la remarque antérieurement. Absolument rien ne laisse supposer
qu'il s'agisse de Chaloult(96).
V.3 Le 21 janvier 1948
Le 21 janvier vers 11 h, Chaloult reçoit un appel de Duplessis qui lui
annonce que le “fleurdelisé flottera aujourd'hui, à trois
heures [15h], sur la tour centrale du parlement [...] les fleurs de lis pointeront
vers le ciel, idéal de l'Union nationale”. Au premier ministre
qui s'inquiète de la réaction de Chaloult, ce dernier affirme
: [J]e rappellerai le souvenir du grand Honoré Mercier et vous accorderai
le mérite de votre geste patriotique”. Sur les assurances de Chaloult
de n'en souffler mot ni à Godbout ni à Laurendeau, la conversation
se clôt. Le grand problème de l'heure pour Duplessis consiste à trouver
un fleurdelisé. À 11 h 15, Wheeler Dupont, président de
la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, est convoqué à la
salle du Conseil des ministres. Après lui avoir tiré la pipe
sur le drapeau choisi, Duplessis lui dit : “Maintenant ta "job",
c'est de trouver un drapeau avant 3 heures moins 5 pour le hisser à la
tour centrale du Parlement. Il ne te reste plus maintenant qu'à me remercier”.
N'en possédant pas, c'est celui de René Bélanger, l'organisateur
politique de Chaloult, que Dupont ramène à Duplessis en gardant
le silence sur sa provenance(97). Chaloult semble avoir été tenu
au courant de cette course au fleurdelisé puisque, dans ses Mémoires
politiques, il regrette de n'avoir pu prêter le sien resté à sa
résidence d'été de Kamouraska. Dans le Duplessis(98) de
Denys Arcand, c'est le commissionnaire Ti-Bi Chamberland qui, à une
adresse fournie par Duplessis et dans le plus grand secret, va quérir
le drapeau et le hisse, sur le coup de 15 h, à la tour centrale du Parlement.
Puisque l'esquisse du fleurdelisé avec les fleurs de lis
droites ne sera finalisée que le 2 février 1948, c'est un drapeau
aux fleurs de lis pointant vers le centre qui sera hissé.
Au début de l'après-midi, lors d'une séance spéciale,
le Conseil des ministres adopte le décret ministériel n 72 concernant
le drapeau de la province de Québec. Proposé par Paul Beaulieu,
ministre du Commerce et de l'Industrie et partisan du fleurdelisé, il
est immédiatement sanctionné par le lieutenant-gouverneur, Eugène
Jetté:
“Attendu qu'il n'existe pas, actuellement, de drapeau canadien distinctif;
“Attendu que les autorités fédérales semblent s'opposer à l'adoption
d'un drapeau exclusivement canadien et négligent, en conséquence,
de donner à notre pays, le Canada, un drapeau qu'il est en droit d'avoir;
“Attendu qu'il est juste et convenable que sur les édifices parlementaires
de la province de Québec flotte un drapeau qui répond aux
traditions, aux droits et aux prérogatives de la province;
“Attendu qu'au cours de la session de l'an dernier la législature
de Québec, à l'unanimité, s'est prononcée en faveur
d'un drapeau propre à la province de Québec, et qui lui convient;
“Il est ordonné, en conséquence, sur la proposition de l'honorable
ministre de l'Industrie et du Commerce:
“Que le drapeau généralement connu sous le nom de drapeau
fleurdelisé, c'est-à-dire drapeau à croix blanche sur champ
d'azur et avec lis, soit adopté comme drapeau officiel de la province
de Québec et arboré sur la tour centrale des édifices parlementaires, à Québec,
et cela avec la modification ci-après, savoir :
“Que les lis qui figurent sur le drapeau soient placés en position
verticale(99)”.
Un peu après 15 h, une fois les affaires courantes expédiées,
le premier ministre en fait l'annonce à la Chambre :
Nous avons reçu de partout un grand nombre de requêtes à la
suite desquelles nous avons décidé d'arborer le drapeau fleurdelisé.
Suivant les conseils des experts en héraldique, nous avons fait certaines
modifications. Nous avons redressé les fleurs de lys, pour qu'elles
se dirigent droit vers le ciel, afin de bien indiquer la valeur de nos traditions
et la force de nos convictions.
Plusieurs salves d'applaudissements marquent l'intervention du premier ministre.
Le chef de l'opposition, Adélard Godbout, réplique : “Quand
le premier ministre dit que le cabinet s'est mêlé d'y faire des
retouches, je suis obligé de faire certaines réserves. Mais il
est entendu qu'un drapeau représentant les aspirations de la province
de Québec ne peut que rallier toutes les bonnes volontés, tous
ceux qui veulent servir la province de Québec et la voir rayonner”.
Puis René Chaloult prend la parole : “Le gouvernement de ma province
vient de nous donner un drapeau, un drapeau que toute la population réclamait.
Je m'en réjouis profondément. Le gouvernement y a fait une légère
modification. Il a redressé les fleurs de lys. C'est une amélioration.
Ainsi, le drapeau sera en tout point conforme aux règles de l'art héraldique”.
Et il conclut comme il l'avait promis : “[...] le premier ministre [...]
a posé là un geste digne d'Honoré Mercier”(100). À la
fin de la séance de l'après-midi, à 18 h, les députés
de l'Union nationale se pressent au pupitre du premier ministre et entonnent
un “Il a gagné ses épaulettes”. Selon la Patrie, “[l]es
députés de l'Opposition [...] quelque peu stupéfaits [...]quitt[...]ent
tout doucement le parquet de la Chambre”(101). À la reprise des
travaux à 19 h, deux fleurdelisés, aux fleurs de lis pointant
vers le centre, sont suspendus au-dessus du trône du président
de la Chambre, alors Alexandre Taché, et un troisième recouvre
le pupitre du premier ministre. Les trois drapeaux ont été empruntés
par le whip en chef de l'Union nationale, Hormisdas Langlais au Dr Philippe
Hamel. Celui qui recouvre le pupitre de Duplessis est le drapeau personnel
d'Hamel, un adversaire, et que Chaloult avait antérieurement déployé en
Chambre, deux ans auparavant, lors de la première motion en faveur
d'un drapeau distinctif.
V.4 La réception
En choisissant de procéder par décret ministériel, Duplessis
empêche tout débat en chambre et met les opposants devant le fait
accompli. Sa crainte de l'opinion anglo-québécoise l'incite,
selon Rumilly, à obtenir l'accord de Marler, député libéral
de Westmount “en lui promettant, entre les lignes, de lui rendre la pareille
le jour où les Anglais auront quelque juste prétention à soumettre”. À cause
de la force du mouvement en faveur du fleurdelisé, devenir le père
du drapeau québécois sert les intérêts électoraux
de Duplessis, d'autant qu'il projette une élection pour le 28 juillet
1948. Abel Vineberg, correspondant de la Gazette à Québec, ne
s'y trompe pas. Rencontrant Gérald Martineau, trésorier de l'Union
nationale, il lui dit : “Vous devez être content, monsieur le Trésorier;
monsieur Duplessis vient de gagner 100 000 votes tout en épargnant beaucoup
d'argent au parti(102)”.
L'organisation de l'Union nationale publie dès le 14 février
1948 ce qui semble bien être la première illustration du drapeau
québécois conforme à l'esquisse du 2 février. Coiffée
du titre “DUPLESSIS a donné un drapeau à sa province”,
l'illustration est accompagnée de commentaires très électoralistes: “Les
libéraux donnent aux étrangers; DUPLESSIS donne à sa province” et “Les
libéraux, ayant à plusieurs reprises refusé ce drapeau,
ont préféré donner des milliards aux étrangers”.
À peu près tout le monde applaudit la décision de Duplessis.
Lionel Groulx parle de la “plus solennelle affirmation du fait français
au Canada, depuis 1867”; l'Association canadienne-française de la
jeunesse catholique, de “magnifique décision”(103). L'élément
anglophone accueille avec sympathie le nouveau drapeau du Québec qui,
pour la Gazette, par exemple, “tient bien compte des données de
la science héraldique, [...] c'est de plus un emblème d'une exceptionnelle
beauté(104)”. Quant à l'Ordre de Jacques-Cartier, dans sa
revue l'Émerillon de février 1948, il revendique la victoire : “Québec
a son drapeau! Voilà, entre un grand nombre, l'une des plus belles victoires
de notre Ordre... Le drapeau québécois, voilà un cadeau
de l'Ordre à la race française d'Amérique... Une tactique
intelligente et sage a été mise en oeuvre, et le succès
a été éclatant”. À Ottawa, le colonel, A.-F.
Duguid, historien de l'armée à sa retraite et considéré comme
une autorité en matière d'héraldique confirme que “le
gouvernement du Québec n'a[...] enfreint aucune loi en adoptant le drapeau
fleurdelisé comme emblème provincial(105)”. Au Conseil législatif, Élysée
Thériault, un des rares opposants, soutient que le gouvernement a posé “un
geste très indélicat à l'égard des minorités
de la province de Québec”. Un jeu de mots marque le peu d'impact
de son opposition : “Depuis le discours de M. Élysée Thériault,
il est question, à Québec, de changer le drapeau "Fleurdelisé" pour
le drapeau "Fleur ... d'Élisée"(106).
Si certains souhaitent que l'adoption du fleurdelisé “hâte[...]
le choix par [les] autorités fédérales d'un drapeau véritablement
canadien qui ralliera l'unanimité de tous les groupes(107)”, dans
l'Évangéline de Moncton, Emery LeBlanc prophétise : “Il
est tout à fait possible que l'adoption de ce drapeau retarde l'adoption
d'un drapeau franchement canadien. En effet, maintenant que la province de
Québec a son drapeau, que l'on peut arborer quand l'occasion se présente,
il est fort peu probable que l'on s'occupe de faire une forte pression sur
Ottawa(108)”. Eugène L'Heureux parle d'un “danger à éviter
: l'antagonisme des drapeaux. Les citoyens d'un même pays peuvent bien
avoir plus d'un drapeau, mais la loyauté ne leur permet pas de les opposer
les uns aux autres. Il serait mal d'opposer le drapeau provincial au drapeau
canadien, lorsque nous en aurons un, ou le drapeau canadien au drapeau québécois(109)”.
V.5 Le drapeau
Le premier fleurdelisé aux fleurs de lys redressées semble être
celui de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, fabriqué pour
la conférence de presse tenue le lendemain après-midi au siège
social de la Société. La fleur de lis n'est pas conforme à celle
qui deviendra officielle. Ce n'est en effet que le 2 février 1948 que
sera achevée l'esquisse officielle du fleurdelisé. Il a fallu
changer la fleur de lis devenue trop longiligne puisqu'elle ne s'allonge plus
sur la diagonale du canton et qu'elle doit se restreindre à la droite
la plus petite, la hauteur. La fleur de lis retenue est celle de Maurice Brodeur
qu'on retrouve sur son drapeau de la Société nationale Jacques-Cartier
conçu pour le 400e anniversaire de la venue de Jacques Cartier(110),
sur son projet de drapeau pour le Québec paru dans la Nation du 9 juillet
1936(111), dans ses articles sur la fleur de lis parus, toujours en 1936, dans
le Terroir et la Voirie sportive, et finalement sur les nouvelles armoiries
du Québec, adoptées par décret le 9 décembre 1939
et dont il est le concepteur. Il s'agit de la fleur de lis de la Renaissance,
de l'époque de François 1er, roi de France de 1515 à 1547,
donc durant la période des voyages de Jacques Cartier en Nouvelle-France.
En avril 1949, à la demande de Roméo Lorrain, ministre des Travaux
publics, Burroughs Pelletier donne la description héraldique du nouveau
drapeau québécois: “D'azur, à la croix d'argent
cantonnée de quatre fleurs de lys du même(112)”. C'est le
9 mars 1950 que sera sanctionnée la Loi concernant le drapeau officiel
de la province, 14 George VI, chapitre 3. Dès 1952, “il est question
de rédiger un code du drapeau ainsi qu'une formule de cérémonial
de salut au drapeau” pour les écoles. En décembre 1953,
un sous-comité chargé d'étudier un “Code
scolaire du drapeau officiel de la province de Québec”, est formé de
Wilfrid Caron, président et inspecteur général adjoint
des écoles primaires, Moïse Caron, chef adjoint au service pédagogique
de la construction, Maurice Brodeur, héraldiste au Secrétariat
de la province, et Léo Rossignol, secrétaire du sous-comité et
directeur général adjoint des écoles normales. Maurice
Brodeur rédige donc les Instructions relatives au drapeau de la province
de Québec. qu'adopte le Comité catholique du Conseil de l'instruction
publique le 15 décembre 1954. Depuis le 10 novembre 1965, en vertu de
l'article 9 de la Loi sur les marques de commerce, le fleurdelisé est
protégé contre tout emploi abusif. Le centenaire de la Confédération
canadienne incite le gouvernement du Québec à libéraliser
l'utilisation du fleurdelisé, pour la période du 11 décembre
1965, date de l'arrêté en
conseil 2308 concernant les armoiries et le drapeau de la province de Québec,
au 30 juin 1968. Il permet “à toute personne de reproduire, dans
le motif d'articles de nature commémorative et de souvenirs, de même
que dans la décoration provisoire des locaux et dans la réclame
publiée dans les journaux et autres périodiques, des symboles
et emblèmes des armoiries et du drapeau de la province de Québec(113).
Le 17 janvier 1968, le gouvernement précise les dimensions du drapeau
: 2 en hauteur sur 3 en largeur. Depuis, le Bureau de normalisation du Québec
est responsable de tenir à jour la norme pour le drapeau du Québec
(BNQ 7192-160, cinquième édition, 83-10-17).
Les arrêtés en conseil 1674 du 22 juin 1967 ordonne “que
le drapeau du Québec soit arboré sur tous les édifices
du gouvernement, ainsi que sur les édifices des commissions, régies
et autres organismes du gouvernement et sur toutes les écoles et maisons
d'enseignement relevant du ministère de l'Éducation” et “qu'il
soit arboré à la place d'honneur [...] à droite, s'il
y a deux drapeaux, ou, au milieu, s'il y en a davantage”, et 2427 du
20 août 1969, “que le ministre des Travaux publics soit autorisé à prendre
les mesures nécessaires en vue de faire arborer le drapeau du Québec”.
Depuis 1984, par résolution de l'Assemblée nationale proposée
par Guy Chevrette, alors ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche,
et appuyée par Michel Gratton, leader de l'Opposition, le 24 mai a été proclamé fête
nationale du drapeau. Il est intéressant de noter que Maurice Brodeur
souhaitait, dès 1954, “qu'une fête soit établie et
qu'un chant et un hymne soit composé [...] en hommage au drapeau provincial(114)”.
V.6 Fleurdelisé et politique
Même si certains souhaitent les dissocier, drapeau et politique restent
inséparables. Toute l'histoire du fleurdelisé, comme celle des
bannières qui l'ont précédé, est en effet marquée
du sceau de la politique. Avant son adoption, il est pour Duplessis un drapeau “séparatiste” puisque
ses partisans les plus fervents sont les nationalistes de l'école de
Lionel Groulx. Une fois adopté, Duplessis l'utilise dans ses campagnes électorales.
Il en fait son drapeau, celui de son parti. Il réussit tant et si bien
que lors de la campagne électorale de 1960, les libéraux de Jean
Lesage “décor[ent] leurs estrades de banderoles rouges ornées
de lis blancs et même de lis rouges sur fond blanc”. Dans le Devoir
du 23 octobre 1962, André Laurendeau, lui-même chaud partisan
du fleurdelisé lors de la campagne en faveur de son adoption, rappelle
cette période : “Au début, le drapeau devint un peu le
drapeau de l'Union nationale. Les libéraux le boudaient; ils ne se montraient
guère nationalistes, alors, et se moquaient des fleurs de lis comme
de la totonomie. Puis ils comprirent que c'était une erreur. [...] Les
uns par opportunisme --comme Duplessis--, les autres par conviction--comme
plusieurs duplessistes-, ils prirent donc l'habitude de l'utiliser à leur
tour”(115).
Avec la Révolution tranquille, le fleurdelisé devient petit à petit
le symbole de la spécificité de la société québécoise
et de son désir d'émancipation. C'est à cela que s'en
prennent, entre autres, les étudiants de Sir-George-William lorsqu'au
début de mars 1964, ils descendent, déchirent et jettent dans
la rue un drapeau du Québec. En réplique, les représentants
des étudiants de la faculté de commerce de l'Université Laval
demandent que le Red Ensign qu'ils ont descendu du Centre fédéral
de recherches forestières soit envoyé aux étudiants de
l'université anglophone avec une lettre de protestation. “Dans
le débat enflammé qui suivit, le président des étudiants
en Droit, M. Mulroney, [le futur premier ministre du Canada,] se fâcha
tout rouge et déclara qu'il ne fallait pas se venger pour chaque maudite
bêtise que font les Anglais de la province de Québec(116)”.
Sur la scène
internationale, fleurdelisé et unifolié en viendront régulièrement
aux prises. “À l'occasion de controverses publiques qui ont mis
aux prises, dans des colloques internationaux, les représentants de
Québec et ceux d'Ottawa, à propos de la place respective du drapeau
canadien et du fleurdelisé, on a parlé abondamment de ces vaines
querelles de drapeaux. Querelles désagréables, déplaisantes,
absurdes pour les étrangers, sans doute. Mais vaines? Si les drapeaux
ne signifiaient rien, on en ferait des mouchoirs(117)”.
Même si certains indépendantistes auraient préféré une
autre bannière, tel Raoul Roy qui suggère, dans Pour un drapeau
indépendantiste, de choisir entre un tricolore rouge-blanc-violet et
le tricolore des Patriotes, le fleurdelisé est rapidement associé,
au cours des années 1960 et 1970, à la souveraineté du
Québec, puisque les troupes souverainistes l'utilisent avec le bleu
comme signe distinctif alors que les troupes fédéralistes préfèrent
l'unifolié et le rouge. L'arrivée au pouvoir, en 1976, du Parti
Québécois favorise le fleurdelisé. Le nouveau gouvernement
réactualise les arrêtés en conseil 1674 du 22 juin 1967
et 2427 du 20 août 1969 qui ordonnent que le drapeau du Québec
soit arboré sur les édifices relevant du gouvernement (118),
et amende le Code municipal et la Loi des cités et villes pour que les
municipalités arborent le fleurdelisé sur leur hôtel
de ville(119). En 1978, le
ministère des Communications du Québec lance une campagne “visant
une plus grande diffusion du drapeau du Québec”.
En 1980, le fleurdelisé est un acteur important de la campagne référendaire.
Très rapidement, le fleurdelisé devient le signe de ralliement
du OUI et l'unifolié, celui du NON. Ainsi, en mars 1980, Michel Fréchette
mandate deux cabinets d'avocats, dont celui de Me Paul Trudeau, bâtonnier
de Montréal, pour étudier “la Loi sur le drapeau du Québec
afin de déterminer si les tenants du OUI --le Comité pro-Québec
et la SSJB-- ont le droit d'utiliser le fleurdelisé dans leur publicité”.
Dans les faits, il s'agit d'une opération médiatique en vue de
briser les couples fleurdelisé-camp du OUI et unifolié-camp du
NON. Au même moment en effet, l'avocat chargé du dossier, Paul
Trudeau, préside le Comité lavallois pour le NON afin de “donner
plus de place au NON à Ville Laval”(120). Au lendemain de la bataille
référendaire, le Parti libéral du Québec se rend
compte des risques de laisser au seul Parti Québécois l'usage
du fleurdelisé. En conséquence le parti adopte dans les années
1980 une résolution qui change le sigle du Parti libéral du Québec
en y enclavant un fleurdelisé à droite du L rouge traditionnel.
Lorsqu'en 1989, des manifestants ontariens francophobes de Brockville foulent
le fleurdelisé, le geste repris à satiété par les
médias devient le symbole du refus canadian d'accepter la spécificité québécoise.
Lorsque sonne l'échec de l'Accord du lac Meech qui devait réconcilier
le Québec avec une Constitution adoptée en pleine nuit en son
absence, c'est naturellement vers son drapeau que se tourne la population québécoise
qui inonde de fleurdelisés le défilé de la Fête
nationale, le 24 juin 1990.
Une des histoires les plus drôles en ce qui concerne la lutte que se
livrent souverainistes et fédéralistes par fleurdelisé et
unifolié interposés, a lieu le 29 avril 1994 à l'édifice
de la Confédération à Ottawa. L'employée d'un député bloquiste
décide de faire flotter à sa fenêtre le fleurdelisé qu'elle
vient de recevoir afin d'en enlever les plis. Cinq minutes après la
sortie du fleurdelisé, plusieurs unifoliés claquent au vent.
Les bloquistes répliquent et pendant approximativement 1 heure la cour
intérieure de l'édifice de la Confédération est
enjolivée de
quelques fleurdelisés, de beaucoup d'unifoliés et de certains
drapeaux provinciaux(121).
01. Des versions ont paru dans l'Héraldique au Canada, mars 1994, p.
30-41; juin 1994, p. 22-33; septembre 1994, p. 25-32; décembre 1994,
p. 25-33; mars 1995, p. 25-33; juin 1995, p. 27-33, et dans l'Action nationale,
vol. LXXXVI, no 3, mars 1996, p. 123-134; no 4, avril 1996, p. 83-94; no 6,
juin 1996, p. 91-102; no 9, novembre 1996, p. 97-107; no 10, décembre
1996, p. 99-111.
02. Amédée Papineau, Journal d'un Fils de la liberté réfugié aux États-Unis
par suite de l'Insurrection Canadienne, en 1837, volume I, Montréal,
Réédition-Québec, 1972, p. 18-19.
03. Lettre de Colborne à Gosford du 6 octobre 1837. Citée par
Gérard Filteau, Histoire des Patriotes, tome II, Montréal, éd.
de l'Action canadienne-française, 1939, p. 160.
04. Jacques Lacoursière et Hélène-Andrée Bizier,
Nos racines: l'histoire vivante des Québécois, no 65, Saint-Laurent,
T. L. M. Inc, 1979, p. 1297.
05. Raoul Roy, Pour un drapeau indépendantiste, Montréal, les Éditions
du Franc-Canada, 1965, p. 15.
06. Jacques Archambault et Eugénie Lévesque, Le Drapeau québécois,
Québec, Éditeur officiel du Québec, 1974, p. 16. Si les
petits trous peuvent être attribués à l'impact de balles,
le souffle d'un boulet de canon n'aurait pas permis de faire le grand trou à droite
de la bande inférieure du drapeau à moins qu'il n'ait été maintenu
par deux personnes. Aucune expertise en vue d'en savoir plus n'a été faite
lors de la restauration du drapeau (Mme Ela Keyserlingk, restauratrice à l'Institut
canadien de la conservation).
07. Certains voient dans les lettres J et B une possible référence
franc-maçonnique et dans le C une allusion à la société secrète
des Frères Chasseurs qui prit une part active à la rébellion
de 1838 (“L'énigme d'une bannière”, le Devoir,
16 avril, 1988, p. 5).
08. “Exhibition of Portraits and other Historical Relics in commemoration
of the 250th Anniversary of the foundation of the City of Montreal”,
The Canadian Antiquarian and Numismatic, vol. II, no 4, second series, nov.
1892, p. 211-215.
09. “Louis-Joseph Papineau était-il franc-maçon?”,
le Devoir, 23 juin 1988, p. 11.
10. “Deux visages de la canadienne d'autrefois” , Québec-Histoire,
1971, vol. 1, nos 3-4, p. 92.
11. Joseph Leroux, Le Médailler du Canada, 2e édition, Montréal,
1892, p. 86d-86f.
12. Amédée Papineau, op. cit., p. 49-55.
13. Le Canadien, 24 juin 1842.
14. Le Canadien, 27 juin 1842.
15. H.-J.-J.-B. Chouinard, Fête nationale des Canadiens français
célébrée à Québec le 24 juin 1880, Québec,
A. Côté, 1881, p. 577.
16. H.-J.-J.-B. Chouinard, op. cit., p. 524.
17. Joseph Lenoir-Rolland, Poèmes épars, Montréal, le
Pays laurentien, G. Malchelosse, éditeur, 1916 (2e édition),
coll. Bibliothèque laurentienne, p. 24-25.
18. Elphège Filiatrault, Nos couleurs nationales, Saint-Judes, février
1905, p. 5.
19. Un compatriote [Elphège Filiatrault], Aux Canadiens-Français.
Notre drapeau, p. 3.
20. Olivier [pseudonyme de Benjamin Sulte], “Le drapeau tricolore au
Canada”, Bulletin des recherches historiques, vol. III, no 2, février
1897, p. 29.
21. Armand Yon, Le Canada français vu de France (1830-1914), Québec,
Presses de l'Université Laval, 1975, (Vie des lettres québécoises),
p. 31.
22. Armand Yon, op. cit., p. 32.
23. Benjamin Sulte, “Le drapeau tricolore en Canada”, Bulletin
des recherches historiques, vol. X, no 5, mai 1904, p.157.
24. Olivier [pseudonyme de Benjamin Sulte], “Le drapeau tricolore au
Canada”, Bulletin des recherches historiques, vol. III, no 2, février
1897, p. 29-30.
25. Emery Leblanc, Les Acadiens, Montréal, les éd. de l'Homme,
1963, p. 36-38. Jean Daigle (sous la direction de), Les Acadiens des Maritimes
: études thématiques, Moncton, Centre d'études acadiennes,
1980, p. 75-78.
26. En 1870, les Métis combattirent sous un drapeau blanc frappé au
centre d'un bison entouré de fleurs de lis et de trèfles (Raoul
Roy, op. cit., p. 28, 36).
27. Une marseillaise rielliste est créée, voir Denis Vaugeois
et Jacques Lacoursière (sous la direction de), Canada-Québec
synthèse historique, Montréal, Éditions du Renouveau pédagogique,
1970, p. 441.
28. Cité par Raoul Roy, op. cit., p. 34.
29. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec, tome 9, Montréal,
Fides, 1977, p. 174-185.
30. Ernest Gagnon, “Le drapeau de Carillon”, la Revue canadienne,
mars 1882, p. 129-139. À l'avenir Gagnon Ia. Repris avec quelques variantes
dans H.- J.-J.-B. Chouinard, Fête nationale des Canadiens-Français
célébrée à Québec 1881-1889, Québec,
de l'imprimerie Belleau & Cie, 1890, p. 59-67. À l'avenir Gagnon
Ib.
31. René Robitaille, Le Drapeau de Carillon réalité historique
ou légende, Québec, Société Saint-Jean-Baptiste
de Québec, août 1983, 34 p. À l'avenir Robitaille.
32. Collection des manuscrits du maréchal de Lévis, tome IV.
Lettres et pièces militaires, ordres, mémoires, plans de campagne
et de défense 1756-1760, Québec, Imprimerie L.-J. Demers, 1891,
voir les plans en fin de volume.
33. H.-R. Casgrain, La Guerre du Canada 1756-1760, tome premier, Québec,
Imprimerie L.-J. Demers, 1891, p. 425.
34. Charles P. de Volpi, Québec, recueil iconographique, Longman Canada,
1971, planche 19.
35. Pierre Sailly [pseudonyme de Ernest Gagnon], “Le prétendu
drapeau de Carillon”, la Revue canadienne, octobre 1915, p. 304-309. À l'avenir
Gagnon IIa. Repris dans Ernest Gagnon, Pages choisies, Québec, 1917,
J.-P. Garneau, p. 271-278.
36. Archives du Petit Séminaire de Québec, 159A-138.
37. Catalogue no 48, l'Encan des livres de Montréal, p.53.
38. Les Origines de nos drapeaux et chants nationaux, Québec, 1929,
p. 42.
39. H.-J.-J.-B. Chouinard, Annales de la Société Saint-Jean-Baptiste
de Québec, volume IV, Québec, la Cie d'imprimerie du “Soleil”,
1903, p. 562.
40. Ernest Gagnon, Le Comte de Paris à Québec, Québec,
1891, Typographie C. Darveau, p. 45-47.
41. George Beauregard, Le 9e bataillon au Nord-Ouest, Québec, Gingras,
1886, p.98.
42. Archives du Séminaire de Québec, 159A-138.
43. Lettre de M. Mathieu à M. Baillargé, 9 décembre 1901.
Archives du Séminaire de Québec, 159A-135.
44. Lettre de M. Mathieu à M. David, 9 décembre 1901. Archives
du Séminaire de Québec, 159A-135.
45. Amédée Gosselin, “Ad memoriam”,Archives du Séminaire
de Québec 159A-138.
46. Institut canadien de conservation, Traitement du drapeau de Carillon
pour le Musée du Séminaire de Québec, rapport de traitement
coordonné par Ela Keyserlingk, restauratrice principale,
Ottawa, 1992, 23 p. À l'avenir ICC.
47. Cité par Guy Bouthillier et Jean Meynaud, Le Choc des langues au
Québec 1760-1970, Montréal, les Presses de l'Université du
Québec, 1972, p. 148.
48. Montréal, Chez l'auteur et Chez Granger, 1904, 47 p. Pour la circulaire,
voir Réjean Olivier, Biographie de l'abbé Frédéric-Alexandre
Baillargé (1854-1928), Joliette, Édition privée, 1980,
4 feuilles insérées entre les pages 93-94..
49. Fréchette, Louis, Satires et polémiques II, Montréal,
PUM, 1993, coll. BNM, p. 814.
50. “Questions et réponses”, la Vérité, 15
février 1902, p. 6.
51. “Petite revue”, la Vérité, 29 novembre 1902,
p. 7.
52. J.-P. Tardivel, “Réponse à la Semaine religieuse”,
la Vérité, 22 novembre 1902, p. 6-7.
53. Côte-des-Neiges-Ouest, 1902, 39 p.
54. [Jules-Paul Tardivel], “La question du drapeau”, la Vérité,
8 novembre 1902, p.2.
55. Un compatriote [Elphège Filiatrault], Aux Canadiens-Français.
Notre drapeau, p. 8, 16, 22.
56. F.-A. Baillargé, “Le drapeau national”, la Patrie,
7 juin 1903.
57. “Un drapeau national”, le Messager canadien du Sacré-Coeur
de Jésus, février 1903, p. 82-83.
58. “Le Sacré-Coeur et le drapeau national”, le Messager
canadien du Sacré-Coeur de Jésus, mai 1903, p. 228.
59. Extrait communiqué par Emma Gastonguay, archiviste des Soeurs de
la Charité de Québec.
60. Le Comité de Québec, Le Drapeau national des Canadiens français
: un choix légitime et populaire, 1904, 308 p.
61. [Jules-Paul Tardivel], “Un nouveau livre Le Drapeau national des
Canadiens français”, la Vérité, 1er mai 1904,
p. 4-5.
62. Olivar Asselin, “Échos” , le Nationaliste, vol.
1, n 9, 1er mai 1904, p. 1.
63. [Jules-Paul Tardivel], “Le Nationaliste et le drapeau national”,
la Vérité, 15 mai 1904, p.4. Réplique d'Asselin “M.
Tardivel et nous” , le Nationaliste, 22 mai 1904, p. 4.
64. Elphège Filiatrault, Nos couleurs nationales, Saint-Jude, février
1905, p. 7-8, 12. Voir aussi Elphège Filiatrault, “Notre drapeau
national” , la Patrie, 14 avril 1904, p. 10. Repris de la Revue ecclésiastique.
65. Fréchette, Louis, op. cit., p. 1259.
66. Québec, [1903}, p. 47, note 1, p.39.
67. Fréchette, Louis, op. cit., p. 1259.
68. Lisette, “Le drapeau”, la Patrie, 20 juin 1903, p. 27.
69. Voir H. B., “Il a raison”, le Devoir, 20 septembre 1910; “La
Question des drapeaux”, le Devoir, 23 septembre 1910.
70. L[aurent]--O[livier] David, La Question des drapeaux suivi de Noblesse
oblige [...], Montréal, Librairie Beauchemin, 1926, p. 11-18; 14.
Paru dans le Canada, 29 septembre 1910, p. 4, 15.
71. Essai sur la mentalité canadienne-française, 1928, p.
255
72. Cité par C.-J. Magnan, Le Carillon-Sacré-Coeur, drapeau national
des Canadiens français, Québec, l'Action catholique 1939,
p. 31.
73. Cité par C.-J. Magnan, op. cit., p. 31.
74. Centre de recherche Lionel-Groulx (CRLG), fonds Anatole-Vanier P29/K,147.
75. Lettre de Thérien Frères limitée à Lionel
Groulx, 3 mars 1936, CRLG, fonds Anatole-Vanier P29/F,112.
76. Lettres Anatole Vanier-Thérien Frères limitée,
5, 9 et 10 mars 1936, CRLG, fonds Anatole-Vanier P29/F,112.
77. Archives nationales du Canada (ANC) MG 28/98, vol. 126, dossier “Drapeau
fleurdelisé 1943-1953”.
78. Cité par G.-Raymond Laliberté, Une société secrète:
l'Ordre de Jacques Cartier, Montréal, Hurtubise/HMH, 1983, p. 240. L'auteur
ajoute en note: “On appelait ainsi parfois à cette époque,
les nationalistes ardents de la suite du chanoine Groulx; était “rouge” en
ce sens, tout ce qui était radical. Il est intéressant de noter
que le Secrétariat de la CX, en reproduisant l'allocution verbale de
Chaloult, biffa l'expression “ligue rouge”... même appliquée
au nationalisme...”
79. “Canadien ou Québécois?”, le Clairon, 11
avril 1947, p. 1, 8.
80. ANC MG 28/98, vol. 126, dossier “Drapeau fleurdelisé 1943-1953”.
81. ANC MG 28/98, vol. 126, dossier “Drapeau fleurdelisé 1943-1953”.
82. La première phase est la circulaire 473 (3 mars 1947); la deuxième
phase, le dépôt de la motion Chaloult (2 décembre 1947). À noter
qu'il semble y avoir un certain flottement puisque, dans une lettre envoyée
aux conseils régionaux (CR) du Québec, le 15 avril 1947, le secrétaire
de la CX signale que la CX “n'a pas jugé opportun de prendre une
attitude caractérisée à ce jour et demande aux CR d'attendre
le nouveau mot d'ordre à ce sujet [Quel drapeau choisir?]”, ANC
MG 28/98, vol. 126, dossier “Drapeau fleurdelisé 1943-1953”.
83. Lettre du secrétaire de la CX (3874) au XC de la province de Québec,
11 décembre 1947, ANC MG28/98, vol. 20, dossier “CPO drapeau fleurdelisé”.
84. Yves Du Taillis, “Le drapeau britannique est banni d'une église
catholique de Québec”, le Clairon de St-Hyacinthe, 27 septembre
1946.
85. ANQ, fonds Chaloult 659/005, dossier 4,2.
86. Journaux de l'Assemblée législative 1947, volume LXXXII,
p. 199, 203, 334, 436, 437.
87. “M. René Chaloult et le drapeau québécois”,
le Devoir, 29 avril 1947, p. 7.
88. Mémoire sur la part que j'ai prise en rapport avec le choix du drapeau
actuel de la province de Québec (fonds Burroughs Pelletier).
89. Lettre du président du conseil provincial (12915) aux 4e de la province,
7 janvier 1948, Archives nationales du Canada (ANC) MG 28/98, vol. 126, dossier “Drapeau
fleurdelisé 1943-1953”.
90. Pour l'ensemble des 11 lettres et communiqués retracés,
voir Centre de recherche Lionel-Groulx (CRLG), fonds P16/E,137. Pour l'argumentaire,
voir le texte Consigne, janvier 1948, 3 p.
91. “Jeunesse, autonomie, fleurdelisé”, 20 janvier 1948.
92. Lionel Groulx, Mes mémoires, tome III, Montréal, Fides, 1972,
p. 323; “Un drapeau provincial?”, le Carabin, 4 février
1948, p. 2; “La province de Québec a son propre drapeau le fleurdelisé”,
le Nouvelliste, 22 janvier 1948, p. 2.
93. René Chaloult, Mémoires politiques, Montréal, éd.
du Jour, 1969, p. 281-295. Lionel Groulx, op. cit., Montréal, Fides,
1972, p. 322-324.
94. Lettre de Lionel Groulx à René Chaloult, 25 mars 1947,
CRLG, P1 A/706.
95. Mémoire sur la part que j'ai prise en rapport avec le choix du drapeau
actuel de la province de Québec, 7 juin 1955, 5 p.; Mémoire re
article de M. René Chaloult se rapportant à la question du drapeau
de la province de Québec, janvier 1963, 2 p.; Remarques supplémentaires,
février 1968, 6 p. (fonds Burroughs Pelletier).
96. En plus des textes de Chaloult et Pelletier déjà cités,
voir “Les moments historiques de l'adoption du fleurdelisé. Deux
versions”, l'Action, 31 janvier 1968; René Chaloult, “Propos
sur le fleurdelisé”, l'Action, 22 février 1968.
97. “Les moments historiques de l'adoption du fleurdelisé. Deux
versions”, L'Action, 31 janvier 1968.
98. Montréal, VLB, 1978, p. 283-317.
99. Gazette officielle du Québec, 24 janvier 1948, tome 80, n 4.
100. “Un accueil favorable au drapeau québécois”,
La Presse, 22 janvier 1948, p. 7.
101. ““Le drapeau est une excellente chose” Me F. Choquette”,
22 janvier 1948, p. 5.
102. Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps, tome II, Montréal,
1973, Fides, p. 208-212
103. Le Devoir, 23 janvier 1948.
104. “Le drapeau et la presse anglaise”, le Devoir, 26 janvier
1948.
105. “Drapeau qui n'enfreint aucune loi”, la Patrie, 22 janvier
1948, p. 5.
106. “M. Élysée Thériault et notre drapeau”,
le Devoir, 29 janvier 1948, p. 1-3.
107. “La province de Québec a son propre drapeau : le Fleurdelisé”,
le Nouvelliste, 22 janvier 1948, p. 2.
108. “Le drapeau du Québec”, 27 janvier 1948 p. 1.
109. “Nous avons un drapeau provincial”, le Soleil, 27 janvier
1948.
110. Archives nationales du Québec (ANQ), fonds Maurice Brodeur,
P574/007, dossier 7.35.
111. Maurice Brodeur propose un drapeau traversé d'une croix blanche
et marqué au centre d'une feuille d'érable portant une fleur
de lis or. Les cantons près de la hampe en sont bleus et ceux de la
partie flottante, rouges. Sous le titre “Drapeau pour les Canadiens français
de toutes les provinces. Tricolore canadien-français”, une autre
version existe sans fleur de lis et où les cantons supérieurs
sont bleus et inférieurs, rouges. ANQ, fonds Maurice Brodeur P574/007
dossier 7-15
112. Lettres de Roméo Lorrain à Burroughs Pelletier du 20 avril
1949 et de Burroughs Pelletier à Roméo Lorrain du 27 avril
1949 (fonds Burroughs Pelletier).
113. Gazette officielle du Québec, 11 décembre 1965, tome
97, n 50.
114. ANQ, fonds Maurice Brodeur, P 574/007 Lettre de Maurice Brodeur à Wilfrid
Caron (11 mai 1954).
115. Raoul Roy, Pour un drapeau indépendantiste, Montréal, éd.
du Franc-Canada, 1965, p. 93.
116. La Presse, 6 mars 1964.
117. Guy Cormier, “Puissance des symboles”, le Devoir, 23 janvier
1973, p. A4.
118. Le Devoir, 16 décembre 1977.
119. Le Devoir, 14 juin 1979.
120. Dans le Devoir : “Un bataillon de fédéralistes se
met à l'oeuvre dans Laval” (13 mars 1980); “Des avocats
s'interrogent : à qui le drapeau du Québec ?” (13 mars
1980); “Les avocats et le drapeau” (14 mars 1980).
121. “Flag war erupts in Confederation Building”, Hill Times,
5 mai 1994)